Ressources

Vue sur… le français en Amérique du Nord

Les variétés de la langue française en Amérique du Nord partagent un grand nombre de traits qui les distinguent du français d’Europe et d’ailleurs. Claude Poirier, professeur à l’Université Laval à Québec, offre à ses étudiants un cours qui s’intitule « Le français en Amérique du Nord ». Il a accepté de nous donner un bref aperçu de la question.

JPEG - 556.7 ko
Claude Poirier, professeur de linguistique française à l’Université Laval

A la fin du 17e siècle, le français était implanté en Amérique du Nord dans trois zones qui sont devenues des foyers de culture francophone : l’Acadie, la vallée du Saint-Laurent et la Louisiane. Le français présente aujourd’hui des caractéristiques dans chacune de ces aires pour des raisons de peuplement et à cause des aléas de l’histoire. Garrocher (lancer) et pogner (attraper) se disent partout, mais pigouiller (chatouiller, taquiner) ne s’entend qu’en Acadie et charrer (bavarder) qu’en Louisiane. Le français a rayonné au Canada et aux États-Unis, principalement en Ontario et en Nouvelle-Angleterre. Il commence à avoir une assise solide en Floride qui est un lieu de villégiature prisé par les Québécois.

France/Amérique

Le français s’est progressivement installé en Amérique du Nord à l’époque où les Académiciens parisiens commençaient à codifier la langue. Implanté sur le nouveau continent avant que la standardisation linguistique ait pu toucher les provinces d’où sont partis les immigrants, le français d’Amérique a été animé par la dynamique de la langue populaire qui s’exerçait sans contrainte dans la France du 16e siècle. C’est pourquoi l’expressivité et la familiarité sont demeurées des traits culturels dominants chez les francophones du continent. L’enracinement dans leur usage de mots comme champlure (robinet), enfarger (faire trébucher) ou grafigner (égratigner) atteste de leurs origines provinciales. D’après eux, les Européens d’aujourd’hui parlent un peu trop « pointu »...

Influence maritime

Les Acadiens, les Louisianais et les Québécois ont tendance à utiliser des termes de marine avec des acceptions terrestres, comme se grèyer (s’habiller), métaphore découlant de gréer un bateau, c’est-à-dire le garnir de voiles, de cordages. Ce trait particulier s’explique du fait que les premiers colons venaient surtout de la frange atlantique de la Côte française où ce phénomène était répandu à l’époque.

Le français louisianais

Le français est peu représenté en Louisiane avant le début du 18e siècle. Dans sa première expression, il reflétait les usages des explorateurs et des colons venus de la colonie laurentienne (aujourd’hui le Québec), mais il sera grandement influencé par la suite par ceux des Acadiens dont un bon nombre trouveront refuge dans les bayous par suite de leur expulsion de Port-Royal par les Anglais entre 1755 et 1762.

Nouveaux mots

Les premiers francophones d’Amérique ont commencé à créer des mots dès leur arrivée. Les organismes linguistiques du Québec ont exploité cette disposition naturelle dans la création de néologismes, comme courriel. Faisant fi de la résistance des grammairiens, les Québécois ont même lancé un mouvement de féminisation des titres qui a eu des retentissements dans toute la Francophonie.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts.     En savoir plus...Fermer