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Une parole francophone : la Francophonie à New York

Les services culturels de l’Ambassade de France aux Etats-Unis participent à la promotion de l’art, de la littérature et de l’éducation francophone. Dans le cadre de la réunion du Bureau de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie à New York, Fabrice Jaumont, attaché linguistique au consulat généralde France a accepté de répondre à nos questions.

- Quel est votre rôle exactement ?

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Fabrice Jaumont quitte le Consulat de France avec du matériel éducatif pour l’école Jordan L. Mott. Le Consulat français apporte son support au programme de français de l’école, située dans une des banlieues les plus démunies de la ville de New York. © John Smock - Associated Press Photo

Fabrice Jaumont : Je travaille pour le Consulat de France en tant qu’attaché de coopération pour le français ou attaché linguistique, ça dépend des jours... Je préfère mon titre en anglais « Education Attaché », il reflète mieux mes activités qui incluent tout type de coopération éducative, universitaire et linguistique pour la région de New York.

Je fais ce métier depuis 1997, d’abord à Boston au Consulat de France, puis à New York depuis 2001. Mon travail se résume en trois groupes d’activités : des activités de promotion de la langue française, des activités de formation des enseignants de français et des activités de coopération institutionnelle.

Ces derniers temps, je suis très impliqué dans l’ouverture de classes bilingues dans les écoles publiques de New York. Les résultats sont spectaculaires. Avec la montée de la mondialisation et le mélange des cultures, les autorités éducatives de New York s’ouvrent progressivement à l’apprentissage des langues étrangères mais aussi à l’enseignement des contenus du programme scolaire classique à partir d’une autre langue que l’anglais. Depuis 2005, de nouveaux programmes en langue française se sont consolidés dans les écoles publiques sous l’impulsion de plusieurs partenaires français, francophones et francophiles, offrant aux familles francophones une alternative économe et un plus grand choix pour scolariser leurs enfants en français. Au total, près de 700 élèves suivent désormais l’un ou l’autre de ces programmes à New York et les projections pour 2009-2010 dépassent les 1000 élèves.

Le dispositif scolaire ainsi mis en place prend plusieurs formes : des classes bilingues, des classes « après l’école », des classes de français langue d’héritage et des préparations au GED en français, un examen permettant l’entrée à l’université. Cette note vous donnera un aperçu complet du dispositif mis en place : http://francophonieny.org/upcomingevents/dispositif2008-09.pdf . Vous le verrez, c’est très bon signe pour la Francophonie new-yorkaise.

- Quelle est l’importance de l’influence de la culture francophone aux Etats-Unis ? Comment les Américains la perçoivent ?

Fabrice Jaumont : La culture francophone est très bien perçue et toujours très appréciée des américains. On retrouve très souvent des livres, films, articles faisant référence à la gastronomie, à la mode, à l’histoire de France, entre autres. C’est la destination préférée des américains de tout statut et de toute origine qui consomment des produits français tant culturels que gastronomiques. Les services culturels français, répartis sur 10 villes, organisent près de 200 événements par an.

Les quelques 150 Alliances françaises du pays proposent de très nombreuses activités culturelles et cours de français qui touchent des dizaines de milliers de francophiles. Le site www.frenchculture.org reflète bien cette activité et le caractère moderne et dynamique de la culture française aux Etats-Unis.

Si la culture française est toujours un point de référence pour de nombreux américains, c’est moins le cas pour la langue française qui connaît, depuis 20 ans, un léger recul face à la montée d’autres langues (l’espagnol et le chinois). Ce phénomène est lié à l’immigration mais aussi au fait que l’apprentissage des langues n’est pas une priorité des autorités éducatives de ce pays. Leurs budgets diminuent dans ce secteur depuis que la loi du « No Child Left Behind » a été mise en vigueur par George Bush, poussant les écoles à se concentrer sur les mathématiques et la lecture, au détriment des langues et des arts. Néanmoins, il demeure quelques notes d’espoir pour l’avenir du français aux Etats-Unis : plus d’un million d’élèves apprennent notre langue, elle est enseignée par près de 30 000 enseignants et le prochain président, Barak Obama, prône une plus grande ouverture des institutions de ce pays vers l’international. Tout ceci, à mes yeux, laisse présager une augmentation des apprenants, surtout pour les langues internationales. Pour redonner un peu de vitalité à l’image du français, nous avons lancé une campagne de promotion dessinée par un cabinet de marketing américain. Cette campagne, qui s’intitule « The World Speaks French », martèle que le français est parlé dans le monde entier. Je vous invite à visiter notre site : www.theworldspeaksfrench.org

- Comme nous nous réunissons précisément à New York, dans les locaux des Nations Unies, quelle est votre vision de la Francophonie à New York ? De quelle façon prend-elle forme ?

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Fabrice Jaumont et Shimon Waronker, directeur de l’école Jordan L. Mott du Bronx (New York), discutent des progrès du nouveau programme de français. © John Smock - Associated Press Photo

Fabrice Jaumont : La Francophonie new-yorkaise est bouillonnante et elle se retrouve à tous les niveaux. On la retrouve dans les institutions onusiennes et consulaires, dans les boutiques, dans les écoles, dans les restaurants comme dans les taxis. Il y a près de 160 restaurants français, une chambre de commerce, quatre lycées français privés, plusieurs fondations philanthropiques francophiles, pas loin de 90 associations francophones, quelques bâtiments symboliques que tous les new-yorkais associent à la France comme celui du service culturel, en face du Metropolitan Museum, celui du Consulat de France, sur la cinquième avenue, le French Institute Alliance Française, sur la soixantième rue, l’église française du Saint Esprit, la Maison française de New York University et celle de Columbia University, les grandes boutiques de luxe comme Cartier ou Louis Vuitton sur la cinquième avenue.

On chiffre officieusement à 250 000 le nombre de new-yorkais francophones mais il est très difficile d’obtenir des données exactes, tant New York est une ville de transit. Quelques communautés sont concentrées dans des quartiers comme Little Senegal à Harlem, où l’on retrouve de nombreux africains de l’ouest, et quelques districts du Queens et de Brooklyn où l’on retrouve des milliers de familles haïtiennes. Les églises ou les mosquées sont souvent le noyau dur de la Francophonie, auxquelles s’ajoutent quelques journaux, radios, émissions de télévision et de nombreux sites sur la toile. De nombreux jeunes parents français habitent Brooklyn et sous leur impulsion les écoles de la ville se mettent à offrir des classes bilingues. J’essaie, depuis 2005, de rassembler toutes ces informations autour d’un site sur les francophones de New York : www.francophonieny.org

- Comment percevez-vous la place du français dans des organisations internationales telles que les Nations Unies ? Quelles seraient les améliorations à apporter ?

Fabrice Jaumont : J’ai travaillé quatre ans dans le programme de langues des Nations Unies où j’enseignais le soir le français aux diplomates et au personnel de l’ONU. J’avais même programmé, à mes heures perdues, le site web du programme de français de l’ONU pour permettre aux étudiants de continuer leur apprentissage même quand ils étaient en mission. On pouvait le voir sur www.unflp.org mais il a été remplacé depuis (http://www.un.org/Depts/OHRM/sds/lcp/French/).

Le programme de français attire un très grand nombre d’étudiants chaque semestre (près de 800), bien plus que les autres langues du programmes (l’anglais, l’espagnol, l’arabe, le chinois, le russe). Ces chiffres témoignent, à mes yeux, de l’intérêt que porte la communauté onusienne envers le français. Dans mes classes, j’enseignais à des ambassadeurs comme à des gardes de sécurité, la salle de classe était un espace neutre, loin des tracas de la planète. A part ces rares moments de francophilie que les excellents professeurs du programme réussissent à maintenir encore aujourd’hui, la présence du français ne me semblait pas dépasser le cadre des activités de traduction et d’interprétariat, ou la présence de quelques signaux en français vous dirigeant vers la salle du Conseil de sécurité ou la cafétéria.

L’association culturelle des francophones de l’ONU propose de temps à autres des activités qui apportent un peu de rayonnement à la Francophonie, et je travaille chaque année avec l’OIF ainsi que mes collègues québécois, canadiens, suisses et ceux de la mission française pour faire du mois de mars le mois de la Francophonie, dans l’enceinte de l’ONU comme à New York. Nos moyens sont dérisoires, à mes yeux, mais nous partageons tous des envies de grandeur qui nous poussent à vouloir faire rayonner le français de ce côté-ci de la planète. Pour moi les améliorations à apporter sont évidentes, donnons-nous les moyens de faire rayonner notre langue !

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