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Une parole francophone : l’IEPF, 20 ans plus tard...

L’Institut de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie (IEPF) est né à Québec en 1988 de la volonté des chefs d’État et de gouvernement des pays francophones de conduire une action concertée visant le développement du secteur de l’énergie dans les pays membres. 20 ans plus tard, Québec reçoit le Sommet de la Francophonie où les questions d’environnement et de développement durable sont devenues incontournables. Fatimata Dia Touré, directrice de l’IEPF, répond à nos questions.

Quels sont les principaux projets initiés ou financés par l’IEPF dans le domaine de l’environnement ?

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Mme Fatimata Dia Touré

Fatimata Dia Touré : Comme vous le savez, l’IEPF est un organe subsidiaire de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il a pour mission de contribuer au renforcement des capacités nationales et au développement de partenariats dans les domaines de l’énergie et de l’environnement. Ses interventions visent une meilleure gestion et utilisation des ressources énergétiques, l’intégration de l’environnement dans les politiques nationales dans une perspective durable et équitable, menées en synergie avec les autres programmes de l’OIF et notamment ceux issus de la mission D du Cadre stratégique décennal de la Francophonie : « Développer la coopération au service du développement durable et de la solidarité ». La programmation mise en œuvre par l’équipe des collaborateurs de l’IEPF s’exprime dans six projets qui fondent ses activités : accroître les capacités institutionnelles pour l’élaboration et la mise en œuvre des stratégies nationales de développement durable ; améliorer l’information pour le développement durable ; développer les capacités pour l’accès aux fonds et mécanismes dédiés à l’environnement mondial ; accroître la maîtrise des outils de gestion de l’environnement pour le développement (MOGED) ; accroître les capacités pour l’utilisation durable de l’énergie ; développer les capacités pour l’élaboration et la mise en œuvre des politiques énergétiques ; finalement, accroître les capacités des pays francophones en développement à participer aux négociations internationales sur l’environnement et le développement durable.

Dans la recherche du développement durable à l’échelle planétaire, quelle est la responsabilité des Etats par rapport à celle de l’ensemble de la communauté internationale ?

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Opération de terrain au Mali (panneaux solaires à Kobalacoro), dans le cadre de projets visant la promotion des technologies et des mécanismes d’accès à l’énergie, menés jusqu’en 2003


Fatimata Dia Touré
 : Tous les pays sont responsables, bien que la part de responsabilité soit différente. Que ce soit les pays du Nord ou les pays du Sud, il y a un principe de responsabilité commune mais différenciée. Certains pays doivent prendre plus d’engagements que d’autres. Par exemple, dans le protocole de Kyoto, les pays de l’Annexe A ont davantage de responsabilités, parce qu’ils sont de gros émetteurs de gaz à effet de serre. Il faut agir rapidement afin que tous les pays intègrent une politique de développement durable. Les pays du Sud sont plus touchés par les impacts négatifs des émissions de gaz à effet de serre, ils sont plus vulnérables. Nous travaillons sur les différentes politiques d’adaptation à ces impacts, selon une aproche sectorielle, en essayant d’intégrer les réalités climatiques propres des pays aux différentes politiques de développement durable. En effet, il faut garder à l’esprit que les impacts négatifs des changements climatiques peuvent entraver les politiques de développement durable. Il y a donc lieu de faire des analyses et études utiles, suivant les engagements des pays selon le plan d’action de Bali, il est important de faire connaître les impacts climatiques sur ces pays. Nous contribuons à ces études sectorielles afin d’évaluer comment intégrer ces données dans la pratique. Tout le monde a l’obligation de prendre ses responsabilités, mais encore davantage les pays de l’Annexe A, qui utilisent l’énergie de façon plus anarchique et moins efficiente.

L’Afrique dispose d’une richesse énergétique considérable inexploitée : le soleil. Quels sont les obstacles au développement de l’énergie solaire à grande échelle sur le continent ? Ce type de technologie est-il trop cher pour l’Afrique ?

Fatimata Dia Touré : La notion de cherté est très relative dans ce domaine. La valorisation des énergies nouvelles et renouvelables est moins connue et timide dans les pays en développement. Cependant, beaucoup de progrès ont été faits dans des pays développés, par exemple en Allemagne et d’autres pays européens, il y a une forte utilisation de l’énergie solaire. Et ce qui est surprenant, c’est que le continent africain qui compte beaucoup plus de jours ensoleillés dans l’année ne se soit pas encore pleinement engagé dans le solaire. L’énergie hydraulique aussi est sous-exploitée. Par exemple, les fleuves Niger, Sénégal et Congo, pour ne citer que ceux-là, ont des possibilités élevées en la matière et qui ne sont pas encore mises à profit de manière efficiente. Avec la coopération, il faudrait pouvoir se donner les moyens de se détourner, au moins partiellement du pétrole, en faisant la promotion de ces énergies disponibles. Les économistes de l’environnement tentent d’intégrer ces notions dans la prise en charge des politiques en matière de développement durable. Nous savons tous que plus une ressource est utilisée, moins elle est chère. Il y a un grand besoin d’information. Les pays en développement commencent tout juste à comprendre l’importance de l’utilisation de ces énergies. La notion de cherté devrait disparaître progressivement. L’IEPF tente de donner le maximum de formations aux acteurs concernés afin qu’ils comprennent les enjeux et rationalisent l’utilisation du pétrole ou en fassent une consommation efficace et efficiente. Il suffit d’avoir cette volonté politique et d’investir, afin que l’accès aux énergies nouvelles et renouvelables en termes d’utilisation et de production-consommation puisse devenir une réalité dans les pays en développement.

Un grand débat déchire la planète sur l’utilisation des OGM pour réduire la crise alimentaire, réduire la pollution par les engrais et favoriser l’avènement des bioénergies de plus en plus contestées par ailleurs. Où vous rangez-vous dans ce débat ?

Fatimata Dia Touré : L’IEPF est l’organe subsidiaire d’une organisation inter-gouvernementale (OIF) et a donc une position d’expert sur ce sujet. Ce sont des questions nouvelles et émergentes qu’il ne faut pas diaboliser et exclure de la multitude de solutions potentielles qui s’offre à nous pour le développement. Il faut des études pour vérifier tout cela. Les réalités locales sont importantes dans la connaissance d’un produit. C’est en travaillant sur la maîtrise de certaines difficultés rencontrées avec les OGM qu’il peut en être envisagé une utilisation rationnelle. Le développement durable est une combinaison entre croissance économique, exploitation écologiquement rationnelle des ressources de l’environnement et épanouissement social des populations. C’est pourquoi nous devons être prudents sur ces questions d’OGM, parce qu’elles peuvent être un succès à un endroit et une catastrophe ailleurs.

Parlez-nous de votre partenariat avec Médiaterre ?

Fatimata Dia Touré : Après Johannesburg, nous nous sommes rendu compte qu’il fallait prendre des initiatives sur plusieurs questions, entre autres, l’information sur le développement durable. L’OIF a travaillé dans ce sens avec la France sur le projet Médiaterre, le système d’informations mondial francophone pour le développement durable. C’est un partenariat très dynamique. Il comprend 23 portails thématiques et géographiques pris en charge par l’IEPF. Il sert à produire et diffuser les informations sur le développement durable à l’échelle planétaire. Il y a des portails sur tous les continents. 24 millions de pages sont visitées par année et il y a 8500 visiteurs par jour issus de 120 pays. Nous réfléchissons aux moyens de mieux l’exploiter et d’élargir le partenariat. Un autre aspect important qu’il ne faut pas oublier est que Médiaterre contribue à renforcer la présence du français sur Internet.

L’IEPF célèbre son 20e anniversaire cette année, quel avenir entrevoyez-vous pour l’institution ?

Fatimata Dia Touré : C’était déjà une démarche visionnaire de l’Organisation internationale de la Francophonie, lorsqu’elle a décidé de créer, il y a 20 ans, une structure qui permettrait de conduire une action concertée visant le développement du secteur de l’énergie dans les pays membres. Ce sont aujourd’hui des questions émergentes et d’actualité qu’il y a lieu de maîtriser et d’intégrer dans les politiques quotidiennes. 20 ans après la création de l’IEPF, Québec reçoit, pour la 2e fois, un Sommet de la Francophonie où les questions d’environnement et de développement durable sont devenues incontournables. L’avenir est donc prometteur pour une institution comme l’IEPF.

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