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Une parole francophone : Entretien avec Gervais Rufyikiri, Président du Sénat du Burundi

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M. Gervais Rufyikiri, Président du Sénat du Burundi
Gervais Rufyikiri : Le travail parlementaire comporte trois volets principaux : l’adoption des lois, le contrôle de l’action gouvernementale et la représentation des intérêts de la population. De ce fait, la préparation des élections entre dans les missions d’un parlementaire ; c’est même un test grandeur nature pour vérifier si les parlementaires sont toujours en phase avec leurs électeurs qui sont en même temps leurs mandants. Cela ne peut pas entraver l’adoption des lois ou le contrôle de l’action gouvernementale. ...

Consolidation de la paix et de la démocratie

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M. Gervais Rufyikiri, Président du Sénat du Burundi

Monsieur le Président, les prochains mois seront cruciaux pour l’avenir politique du Burundi du fait de la préparation des élections. Est-ce que cette période est propice au travail parlementaire ?

Gervais Rufyikiri : Le travail parlementaire comporte trois volets principaux : l’adoption des lois, le contrôle de l’action gouvernementale et la représentation des intérêts de la population.

De ce fait, la préparation des élections entre dans les missions d’un parlementaire ; c’est même un test grandeur nature pour vérifier si les parlementaires sont toujours en phase avec leurs électeurs qui sont en même temps leurs mandants. Cela ne peut pas entraver l’adoption des lois ou le contrôle de l’action gouvernementale.

On notera que des projets de lois importants ont justement été examinés au cours de cette année en rapport avec la préparation des élections. Il s’agit notamment du projet de loi portant modification du code électoral et du projet de loi portant révision de la loi communale.
On ne pourra pas oublier que le Parlement doit voter au plus tard le 31 décembre la loi fixant le budget 2010 qui comprend aussi des lignes budgétaires prévues pour le financement des élections de 2010. Vous retiendrez au passage que le Sénat oeuvre pour que les élections de 2010 soient apaisées, libres et transparentes, et nous allons continuer.


Quels sont les nouveaux défis qui attendent le Sénat ?

Gervais Rufyikiri : Les nouveaux défis qui attendent le Sénat sont d’abord la consolidation de la paix et de la démocratie dans notre pays qui vient de sortir d’une longue période de guerre et de troubles. Le Sénat doit se joindre aux autres acteurs cruciaux (Assemblée nationale, gouvernement, administration publique, magistrature, corps de défense et de sécurité, population, société civile) pour relever ce défi. Un des axes les plus importants sur cette voie est la participation citoyenne à laquelle le Sénat contribue déjà, notamment en s’impliquant dans le dialogue permanent avec les élus locaux et dans les actions tendant à renforcer le processus de décentralisation. Le Sénat doit en outre contribuer à une bonne gouvernance générale en s’acquittant avec rigueur de sa mission de contrôle de l’action gouvernementale.


Le Burundi est un des rares pays francophones en Afrique de l’Est, comment appréciez-vous le partenariat avec les organisations de la Francophonie, notamment l’OIF et l’APF ?


Gervais Rufyikiri
 : La tendance mondiale nous dicte que seuls de grands ensembles politico-économiques peuvent faire poids et donc être compétitifs et vitaux pour nos peuples respectifs. N’eût été cette dynamique, l’Union Européenne ne serait pas là. Le Burundi fait partie de la Communauté d’Afrique de l’Est, à laquelle il est traditionnellement lié depuis longtemps, pour ce qui est des échanges économiques et de l’ouverture sur le monde. Vous dites pays francophone en Afrique de l’Est – donc anglophone – mais ceci n’a jamais entravé les relations du Burundi avec ses partenaires. En effet, prise comme telle, une langue constitue un atout, vecteur des valeurs culturelles et humaines de ceux qui la pratiquent. Et ces valeurs n’ont du sens qu’une fois qu’elles permettent un épanouissement positif des uns et des autres. Nous reconnaissons ceci pour le kirundi, pour l’anglais, pour le français et toutes les autres langues du monde. Le Burundi apprécie fortement le partenariat avec les organisations de la Francophonie, notamment l’OIF et l’APF, car il comporte des bénéfices certains pour notre pays en général, et pour tout le monde francophone. Sinon notre participation active n’aurait pas de sens.

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M. Gervais Rufyikiri, Président du Sénat du Burundi et Davy L. Rubangisha, Larissa Keza Kabaya, représentants burundais au PFJ de Libreville (Gabon), 2007

Qu’attendez-vous de la Francophonie parlementaire ?

Gervais Rufyikiri : Aujourd’hui ce que nous faisons c’est d’apprécier cet espace de solidarité nécessaire, car il est difficile pour une organisation ou un pays de progresser si elle ou il évolue solitairement. Cette solidarité s’organise entre partenaires ayant non seulement l’usage de la langue française en partage, mais aussi une identité et un fonds culturel commun, une civilisation qui tend vers l’universel, car la langue ne saurait se réduire à son seul aspect d’outil de communication.

La Francophonie parlementaire peut nous permettre d’échanger des expériences pour que les meilleures pratiques soient diffusées partout et profitent à tous. De plus, les parlements francophones du Nord peuvent certainement apporter un appui matériel, institutionnel et technique à nos Parlements du Sud qui jouissent d’une expérience et d’une tradition moins ancrées. Mais le Nord doit aussi comprendre qu’il s’agit d’un bien commun et que l’apport du Sud demeure indispensable et précieux.

Ainsi, la Francophonie devrait être plus une famille qu’une simple organisation politique internationale et être plus sensible aux besoins des partenaires en développement.

La présente législature date d’août 2005 : quelles sont les transformations que le Sénat du Burundi a connues dans son organisation et ses méthodes de travail ?


Gervais Rufyikiri
 : Entre le début de la présente législature et la période actuelle, le Sénat a connu des améliorations dans son organisation et ses méthodes de travail. Il s’est doté d’organes internes et de structures administratives nécessaires pour l’organisation d’un parlement moderne notamment en créant les services des nouvelles technologies de l’information et de la communication, de décentralisation et de traduction. Dans une large mesure, nous avons essayé de professionnaliser le Secrétariat général en renforçant ses capacités opérationnelles, en améliorant ses relations avec les élus du peuple et en améliorant les conditions de travail des sénateurs.

Sur le plan du travail législatif, le Sénat a sensiblement relevé le niveau d’approfondissement de l’analyse des projets et propositions de lois, en commissions et en plénières, dans le but de produire des lois d’une meilleure qualité, tant du point de vue de la forme que du point de vue du fond. Le Sénat a également intensifié les questions orales et écrites adressées au Gouvernement, et sur tous les sujets qui préoccupent les citoyens ou qui sont d’un intérêt sensible pour la vie de la nation. Le contact avec les communautés de base a également été au centre de nos actions. L’environnement du travail a été amélioré, notamment en acquérant des espaces supplémentaires pour des bureaux, ainsi qu’en améliorant constamment les performances dans l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Nous organisons des cours gratuits pour quiconque éprouve la volonté d’apprendre. Ainsi sur le plan opérationnel, le parc informatique a plus que doublé dans tous les services ; nous ambitionnons une informatisation à 100%, mais d’ores et déjà vous saurez que de zéro en 2005, aujourd’hui chaque sénateur a son ordinateur portable, et vous pouvez vous imaginer les implications de ceci dans le travail de tous les jours.

L’information étant un élément fondamental de toute politique de communication, quels sont les principaux médias du Sénat du Burundi pour se faire connaître sur le plan national et international ?

Gervais Rufyikiri : Sur le plan national, le Sénat édite un bulletin mensuel et co-anime une émission hebdomadaire à la Radio Télévision Nationale avec l’Assemblée nationale. Nous entretenons également un site web qui constitue notre principale fenêtre sur le monde extérieur. Bien sûr ceci vient s’ajouter au fait que l’activité du Sénat est ouverte à tous les médias qui le veulent, et nous n’excluons aucun mode de communication loyal pour porter notre action à la connaissance du public.

Quelles sont vos prévisions en matière de modernisation du Sénat ?

Gervais Rufyikiri : La première préoccupation du Parlement burundais (ici je ne parle pas seulement du Sénat) est l’acquisition des bâtiments propres pouvant véritablement accueillir le travail du Parlement. Vous l’avez vous même remarqué, nous travaillons dans des bâtiments très peu appropriés à notre genre de travail, mais nous reconnaissons que ceci constitue une ambition tout au moins à moyen terme. Comme notre action doit continuer, les autres axes les plus importants en matière de modernisation du Sénat sont relatifs à la mise à profit des nouvelles technologies de l’information et de la communication pour améliorer nos performances dans tous les domaines de l’action du Sénat.

Comment préparez-vous les sénateurs et les personnels administratifs à faire face aux nouveaux défis numériques ?


Gervais Rufyikiri
 : Les sénateurs sont déjà sensibilisés sur l’impérieuse nécessité d’abandonner les méthodes archaïques pour entrer définitivement dans l’ère des TIC. Chacun d’entre eux dispose depuis peu comme nous l’avons dit d’un ordinateur personnel. Ils ont également une connexion Internet en permanence. En outre le Sénat dispose d’un salle Internet. Enfin, les bureaux des cadres et agents administratifs sont pourvus d’ordinateurs ayant tous un accès illimité, quoique parfois faible en connexion, à l’Internet, problème qui vient d’être résolu avec l’acquisition d’un équipement de télécommunication par satellite. Le Sénat compte améliorer l’équipement et renforcer la formation pour que les sénateurs et le personnel administratif soient dotés des meilleures outils en la matière.

Pour conclure, quels sont vos sujets de satisfaction et d’inquiétude, ainsi que vos ambitions pour le Sénat du Burundi ?

Gervais Rufyikiri : Tant sur le plan politique que sur le plan administratif et technique, le Sénat connaît un climat de sérénité, dû notamment aux efforts de tous, pour travailler ensemble dans l’intérêt supérieur de l’institution et du pays.

Mon plus grand souci est l’insuffisance des ressources financières et matérielles du Sénat, mais il faut dire que c’est un obstacle qui n’est pas insurmontable.

Mes ambitions pour le Sénat, c’est qu’il puisse devenir un exemple de bon fonctionnement en toute diversité des acteurs qui s’y retrouvent. Et qu’il contribue toujours plus à la consolidation de la démocratie et de la paix dans notre pays.

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