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"Une fête des mères ou l’indignation contre les violences faites à celles-ci"

11 juin 2020

Comme à l’accoutumée, les mères sont mises à l’honneur à l’occasion de l’hommage qui leur est rendu, spécialement et mondialement, ce jour 7 juin 2020.

Cependant, je ne peux m’empêcher d’avoir un pincement de cœur en ce jour qui est censé être un jour de jouissance en tant que mère. Mon cœur souffre quand je pense à ces milliers de mères qui sont victimes de violences domestiques et conjugales.

Cette année plus que jamais, la pandémie du coronavirus est venue ajouter un souci à leur quotidien déjà bien animé par toutes sortes de préoccupations. Pour les nombreuses mères victimes de ces violences, elles se sont retrouvées fermées à double tour avec leurs bourreaux. En effet, le confinement est pour elles une sorte de prison dans une prison. Pour celles-là, la fête des mères n’est malheureusement pas de bon goût.

Cette journée a été consacrée à la mère afin qu’elle serve de vitrine à travers laquelle transparaitrait une certaine somme de valeurs promotionnelles de l’image de la femme en tant que pilier de la cellule familiale dans la société moderne.

Toutefois, en faisant bien de citer la circonstance actuelle de crise sanitaire qui frappe bon nombre de pays dans le monde, à l’instar de notre pays le Gabon, l’occasion nous est donnée de faire un petit point sur la problématique de la recrudescence des violences d’ordre domestique durant le confinement.

C’est pourquoi, en guise de mise en garde et de sonnette d’alarme, les associations et mouvements féminins, que je salue au passage, avait tenu en tout début de crise sanitaire, à attirer l’attention des autorités compétentes à ce propos, afin qu’un dispositif préventif et d’intervention rapide soit mis en place en cas de signalement de faits violents à domicile. Pour ce faire, il y a été mené un certain nombre d’actions de sensibilisation et pour la prise en charge psychologique ou médicale des victimes, le numéro gratuit du SAMU Social le 1488 a été communiqué à cet effet.

A l’instar des ONGs, la société civile, la Fondation Sylvia BONGO ONDIMBA et d’autres organismes de protection et de promotion des droits de la femme et de l’enfant qui sont à pied d’œuvre. C’est le cas, notamment, de l’ONG Malachie, ADDFE, MUETSE l’Appel des Mille et Une… qui œuvrent, chaque jour, auprès des victimes de ce phénomène pour un soutien tout azimut et servent parallèlement de porte-parole ou de porte-voix pour ces femmes et mères qui n’osent pas s’exprimer sur leur calvaire.

D’ailleurs à ce propos, le Gouvernement, sous l’égide du Premier Ministre en personne et en réponse au plaidoyer de la Première dame sur les violences basées sur le genre, avait entrepris une campagne de sensibilisation entre le 25 novembre et le 10 décembre 2019 afin de limiter les effets de ce phénomène.

Pour y arriver, le Ministère en charge des violences faites aux femmes mise sur deux projets prioritaires. Il s’agit tout d’abord de mettre en place un dispositif de prise en charge complète des victimes. Et ensuite de déployer à l’échelle nationale un système partagé de collecte, de centralisation et de traitement des données relatives aux violences faites aux femmes.
S’il ne fait l’ombre d’aucun doute que ces violences sont inscrites parmi les priorités du Gouvernement dans sa politique d’émancipation de la femme, néanmoins, la persistance du phénomène soulève quelques interrogations. Je saisis donc, humblement, l’occasion de cette journée, pour les mettre en évidence afin que ce débat, cette question, la lutte contre ce fléau ne sommeille point.

Ce faisant, il est impérieux que le sujet soit considéré autrement par les autorités auprès desquelles les victimes ont recours. En effet, il existe une forme de banalisation de la question de violences conjugales et domestiques chez les autorités qui sont censées rendre justice en cas de violence avérée.
La pratique judiciaire sur les cas de violence domestique souffre encore, au Gabon, du poids des pratiques traditionnelles du règlement de conflits conjugaux, au détriment, malheureusement, de la protection de la femme ou de la mère victime. Le renvoi des plaignants à un mode de règlement familial dans un cas de violence conjugal ou domestique parait quelques fois minimisant du sérieux des faits et tous les risques que cela pourrait comporter.

Alors que l’article 4 de la Déclaration pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, adoptée en 1993 par l’Assemblée Générale de l’ONU souligne que : « les Etats devraient condamner la violence à l’égard des femmes et e pas invoquer de considération de coutume, de tradition ou de religion pour se soustraire à l’obligation de l’éliminer ».

Voilà autant de situations qui me pincent le cœur en cette journée spéciale pour les mères que nous sommes. Ce qui me fait admettre que le phénomène des violences sur les femmes et les mères dans le contexte domestique et conjugale n’est pas encore suffisamment considéré. Cela dit, nous sommes fortes, dignes et constructives. Des solutions existent et sont exploitables pour améliorer cet état de chose.

La première qui me vient à l’idée c’est d’encourager les autorités gouvernementales à davantage associer et soutenir les ONG, la société civile en générale dans une politique de prévention par la vulgarisation de l’éducation et les sensibilisations populaires. Il faut travailler, œuvrer dans le sens d’une meilleure considération de la mère, de la femme dans le foyer. Cela passera inéluctablement par la mise en place des Centres psychologiques pour les époux violents. Le but n’étant pas de séparer les familles, mais dans le meilleur des cas, de faire évoluer les mentalités et la considération de la place de la mère.

La seconde idée, c’est un renforcement des instruments juridiques pour une meilleure prise en charge des victimes auprès des autorités judiciaires. Concrètement, un protocole de prise en charge d’une plaignante de violences conjugales doit être mis en place afin qu’à la première plainte, la victime soit placée sous la protection des organes habilités. Une mère violenté, battue, ne peut pleinement jouer le rôle qui est le sien.

Notre devoir, en tant que parlementaires et initiateurs de la loi dans le cas d’espèce, c’est de faire que chaque fête de mère soit une occasion pour les mères gabonaises de se réjouir de la protection que leur offre la société pour laquelle elles sont si dévouées.

Merci à toutes celles qui de près ou de loin œuvrent et mènent des actions de proximité pour la défense et la protection des droits des personnes vulnérables.

Le processus de lutte contre toutes formes de violences à l’égard des femmes est long, certes, mais si la volonté politique suit et si les moyens sont mis en place pour appuyer les mécanismes, alors on peut parvenir à des résultats où nos mères, nos sœurs et nos enfants seraient tributaires d’un avenir meilleur.

Bonne fête de mères à toutes…

Honorable Angélique NGOMA