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Prix Senghor-Césaire

Le Prix Senghor-Césaire est un Prix de l’APF, octroyé à une personne physique ou morale s’étant particulièrement investie pour la promotion de la Francophonie et pour la diversité linguistique et culturelle.

Le premier Prix Senghor-Césaire de l’APF a été remis le 6 juillet 2010, lors de la XXXVIe session de l’APF à Dakar, à l’Association des professeurs de français en Haïti (APROFH), représentée par son président Etienne Oremil. Le jury du Prix est constitué à parts égales d’experts et de parlementaires de l’APF.

Le deuxième récipiendaire du Prix Senghor-Césaire est la fondation Paul Gérin-Lajoie en 2012, dont le but est de contribuer à l’éducation de base des enfants et à l’alphabétisation des adultes dans les pays les plus démunis.

Lors de la Session de Berne en 2015, le Prix Senghor-Césaire a été attribué à deux récipiendaires : les souffleurs commandos poétiques (candidature présentée par la section française de l’APF) et la Maison d’Edition Demiurg (candidature présentée par la section roumaine de l’APF). « Les Souffleurs commandos poétiques » est un collectif qui regroupe près de 40 artistes. Ils sont connus et reconnus en France et à l’étranger pour leurs « Commandos poétiques » lors desquels ils chuchotent à l’oreille des passants des secrets poétiques, philosophiques et littéraires à l’aide de longues cannes creuses. Depuis 1996, la Maison d’Edition Demiurg offre un service de publication de livres en français aux professeurs d’universités de la région de Moldavie. Elle offre également aux auteurs de langue française de différents continents la possibilité de publier leurs œuvres en Roumanie. En éditant des auteurs de l’Europe, de l’Amérique et de l’Afrique, la Maison d’Edition DEMIURG contribue à une large diffusion de livres en français.

Parole à Etienne Oremil, Président de l’Association des professeurs de français en Haïti (APROFH) en 2010 (Parlements et Francophonie n°23, octobre 2010) :

La section française a soumis votre candidature pour le Prix Senghor-Césaire. À votre avis, quelles sont les raisons qui l’ont motivée à agir ainsi ?

Etienne Oremil : À mon avis, ce prix nous a été attribué pour deux raisons fondamentales.
La première c’est que l’APROFH est la première association à mettre la Francophonie à la portée des jeunes et étudiants en Haïti via une activité dénommée « Francophonie des écoles ». Après une enquête et un sondage, menés il y a trois ans, demandant aux élèves ce que représentait le mot Francophonie pour eux, l’immense majorité a répondu qu’ils n’en savaient rien. Nous avons donc pris la décision de mettre en place des activités destinées aux élèves du secondaire, visant la production orale et écrite comme des dissertations, du théâtre, des débats oraux controversés, des jeux à partir de TV5, des concours de contes, des critiques littéraires à partir des romans les plus lus en Haïti, qui ont eu beaucoup de succès. L’une de ces activités a été couverte par la plus grande chaîne de télévision d’Haïti, la télévision nationale et, à la demande des téléspectateurs, elle a été retransmise plusieurs fois.

La deuxième raison, c’est notre travail relatif à la formation des maîtres. On a constaté que le français est enseigné plus comme une matière scolaire et non comme une langue vivante et que la plupart des apprenants haïtiens n’arrivent pas à s’exprimer en français que ce soit à l’oral ou à l’écrit après leurs études secondaires (13 ans). Le taux d’échec scolaire est cuisant et la non-maîtrise de la langue française en est à l’origine, car les sujets et les textes des examens sont libellés en français, une langue que les étudiants ne maîtrisent pas. Du coup, nous avons ciblé la formation de maîtres comme étant un problème à l’origine de cette non-maîtrise de la langue par les apprenants pendant tout le cycle primaire et secondaire. Nous avons donc commencé à faire de la formation, en autant que faire se peut, avec les moyens du bord. L’APROFH est également la première association à organiser une université d’été avec des professeurs venus de toutes les villes de province et de Port-au-Prince, et des formateurs venus de France, pendant une semaine. Des séminaires de formation ont même été organisés en République dominicaine. Je pense que ce sont ces deux raisons fondamentales qui ont, peut-être, poussé le jury à nous choisir comme lauréat du Prix Senghor-Césaire.

Quel message souhaitez-vous livrer à nos lecteurs ?

E.O : On dit que plusieurs pays ont le français en partage. Haïti est un pays francophone où les textes, les lois, les archives des institutions sont écrits en français, une langue que l’écrasante majorité de la population ne comprend pas et ne lit pas. Donc pour nous c’est une anomalie et même une aberration. La deuxième anomalie c’est que nos apprenants, après 13 années d’études, après avoir bouclé le cycle d’études secondaires, ne maîtrisent toujours pas le français. Il y a donc des problèmes au niveau didactique et au niveau de la formation des maîtres. Il y a un véritable problème d’accès et d’acquisition du français par la population.

Il est inadmissible, au 21e siècle, que la population d’un pays n’ait pas accès à la langue dans laquelle sont codifiés les textes et les lois. Les didacticiens existent, les pédagogues existent, les linguistes existent, les méthodes existent, les moyens financiers existent. Les pays riches de la Francophonie investissent un budget important dans l’industrie lourde, dépensent beaucoup dans les armes nucléaires, pour préparer et faire la guerre. Je pense qu’il est temps maintenant de penser investir plus dans l’éducation des gens, pour donner du travail. On a des moyens techniques pour arriver à la lune, mais pas pour donner à manger et donner accès à la culture et à l’éducation. On a beau dire que la langue française est en partage, mais 75 % de la population n’a pas accès aux œuvres littéraires des écrivains de leur pays. C’est le cas d’Haïti, où il y a une production littéraire abondante, où les écrivains reçoivent constamment des prix littéraires pour leurs œuvres, mais où la population n’a pas accès à celles-ci pour la simple et bonne raison que l’éducation le lui refuse.