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« Nous avons un nombre inégalé de personnes apprenant le français dans le monde»

Entretien avec Georgica Severin (sénateur, Roumanie) chargé de l’étude sur le suivi du Vade-mecum relatif à l’usage de la langue française dans les organisations internationales.

M. Severin, vous êtes un homme politique roumain très attaché à la langue et à la culture françaises. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Georgica Severin : J’ai commencé à apprendre le français à l’âge de 7-8 ans tout seul, fasciné par les bandes dessinées de Pif Gadget et ensuite des romans d’Alexandre Dumas, les petits trésors de mon enfance déjà suffoquée par les messages ultra-idéologisés des publications de la dictature communiste. Mon amour pour cette langue a grandi avec moi et j’ai grandi avec lui… Lycéen, étudiant, puis jeune professeur, le français est toujours resté ma clé secrète pour ouvrir les portes - bien fermées par la sombre censure du régime totalitaire -, vers l’histoire et vers la modernité, vers les valeurs authentiques de la culture française et universelle. Nicolae Titulescu, un grand diplomate roumain de la période d’entre les deux guerres mondiales, disait « Quand il s’agit de la Roumanie et de la France, il est difficile de séparer le coeur de la raison ». Et, voila, sa pensée a traversé sept décennies sans rien perdre de sa vérité. De plus, on n’oublie jamais nos premières amours…

Pourquoi avez-vous choisi d’être chargé de rapport sur l’utilisation du français dans les organisations internationales à l’APF ?

G. S. : L’Assemblée parlementaire de la Francophonie est basée sur deux éléments : la langue française et la diplomatie parlementaire. Il est donc normal que parallèlement, l’APF, par le biais de sa Commission de l’éducation, de la communication et des affaires culturelles, porte une attention soutenue à cette question. S’étant intéressée au sujet, l’APF a constaté, il y a déjà plus de deux décennies, le recul du français dans ces instances. Il fallait faire quelque chose.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les démarches initiées par l’APF pour valoriser le recours au français dans les organisations internationales.

G. S.  : Il y en a plusieurs. Je souligne les plus importantes : en 1989, l’APF adopte un rapport intitulé « La place du français dans les organisations internationales » ; en 2003, son Bureau entérine « La Déclaration de Strasbourg » qui rejettre le recours à une langue unique dans ces institutions, sous prétexte d’efficacité et d’économie. Toujours en 2003, l’Assemblée plénière vote la motion intitulée « Le pluralisme au sein des États de l’Union européenne et l’usage du français dans les organisations internationales » qui propose des mesures concrètes afin d’y améliorer le recours au français. Puis, le député français Bruno Bourg-Broc rédige un rapport saisissant, après avoir tenu des audiences à New York, Vienne et Addis-Abbeba. En 2005 et en 2006, la plénière de l’Assemblée vote deux résolutions : la première intitulée « La Résolution sur l’usage du français dans les organisations internationales » et la seconde « La Résolution sur l’usage du français à l’ONU ».

À Bucarest, en 2006, le Sommet des chefs d’État et de gouvernement a entériné le Vade-mecum relatif à l’usage de la langue française dans les organisations internationales. Cette décision a-t-elle satisfait l’APF ?

G. S. : L’APF a mis beaucoup d’espoir dans ce court document de deux pages, qui propose des règles claires et minimales quant à l’usage du français écrit et parlé dans les organisations internationales pour les représentants des États de la Francophonie. Il faut maintenant faire connaître ce document et voir à son application. Nous sommes heureux du travail de promotion du document que réalise l’OIF. Cependant, son application revient aux États et nous les avons conviés, à maintes reprises d’y donner suite en publiant et diffusant des directives relatives à son application, à l’intention du personnel touché. Nous poursuivrons notre travail en ce sens, aussi longtemps que ce sera nécessaire.

L’époque étant plutôt favorable à l’anglais, dû notamment à la mondialisation des marchés et au développement des technologie, n’avez-vous pas l’impression que cette bataille est perdue d’avance ?

G. S. : Je suis d’accord avec le Secrétaire général Abdou Diouf qui affirme que la morosité, avant même d’avoir livré bataille, constitue une motivation à ne rien faire. Or, la Francophonie dispose d’atouts importants : actuellement, nous avons un nombre inégalé de personnes apprenant le français dans le monde ; pour la majorité des États de la Francophonie, le français est une langue nationale commune et un tremplin pour participer aux travaux des organisations internationales, qui ont le français comme langue de travail et de communication ; récemment, l’Association des fonctionnaires francophones des organisations internationales a rejoint les rangs de ce combat en faveur du français ; enfin, les jeunes francophones croient en la diversité linguistique et culturelle. Ces atouts, il nous revient de les jouer intelligemment.

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