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«Les premiers ennemis de la démocratie sont la pauvreté et l’ignorance»

par M. Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat de la RDC et président d’honneur de la Section congolaise de l’APF

I
l a été décidé que le thème du débat général de la 37ème
Session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie
sera « Paix, démocratie et élections ».

Les participants à la 19ème Assemblée régionale Afrique
tenue à Rabat (Maroc) du 12 au 14 mai 2011 avaient émis le vœu
de le débattre d’une manière franche, interactive et sans tabou,
loin des discours protocolaires qui caractérisent généralement le
« débat général » lors des assises des Sessions de l’APF.
Mon collègue de l’Assemblée nationale et président de notre
Section, l’Honorable Evariste BOSHAB, s’est longuement
étendu sur ce thème.

A mon tour, je voudrais insister sur le développement
économique, élément qui s’ajoute au thème et qui, à mon
humble avis, est l’objectif final auquel aspire
chaque pays en général, les pays africains, en
particulier.

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M. Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat de la RDC et président d’honneur de la Section congolaise de l’APF

Je considère en effet que la paix, la
démocratie et les élections n’ont de sens que si
elles visent le développement économique. C’est
la condition nécessaire et suffisante du passage de
l’« être » vers le « mieux-être », en passant par le
« bien-être ».

Comme on le sait, 2010 a été l’année du
Cinquantenaire des indépendances africaines.
Le moment a permis à beaucoup de s’arrêter pour réfléchir
sur le devenir politique, économique et social de leurs pays,
à la lumière de l’expérience des cinquante dernières années.
Mais 2010 a été aussi – on a tendance à l’oublier - celle de
la décennie de la démocratie pluraliste en Afrique, après la
longue période des partis uniques, en tentant de nouveau
l’expérience du multipartisme, après l’échec de celui-ci au
lendemain des indépendances.

Dix ans après ces premières expériences démocratiques,
est-il permis de tirer un premier bilan ? Je n’ai pas la prétention
de le dresser. Je peux cependant me permettre d’observer
qu’au-delà de la revendication des libertés politiques
(multipartisme, libertés de presse et de manifestation), les
populations africaines dans leur ensemble ont avant tout
réclamé, en 1990, le développement économique de leurs
Etats ainsi que l’amélioration de leurs conditions de vie. Ce
fut en tout cas le cas dans mon pays, d’après le bilan tiré par
le Maréchal MOBUTU à l’issue des consultations populaires,
la majorité des memoranda adressés par la population ont
visé avant tout ces objectifs : le développement économique
du pays et l’amélioration des conditions de vie des masses
laborieuses.

Comment pouvait-il en être autrement si la démocratie,
comme la définissait Abraham Lincoln, c’est « le pouvoir du
peuple, par le peuple et POUR le peuple » ! Je souligne bien la
préposition « POUR ».

Dès lors, la question qui se pose à nos décideurs est de savoir
si l’avènement de la démocratie pluraliste, avec l’organisation
d’élections libres et démocratiques, a effectivement
« boosté » la croissance économique dans nos pays et permis le développement social de nos populations. Le bilan est plutôt
morose !

Ce constat nous amène à dire que ces processus
démocratiques sur fond de crise économique ressemblent de
plus en plus à une thérapeutique faussement appliquée sur un
mal faussement diagnostiqué. En d’autres termes, le problème
fondamental de nos jeunes démocraties ne demeure-t-il pas
celui du développement économique de nos nations ? A quoi
sert-il en effet d’avoir des institutions démocratiques si celles-
ci ne travaillent pas au développement économique et social
des nations ?

Tout en poursuivant les réformes politiques amorcées
depuis 1990, je pense que l’on doit davantage se préoccuper
de la situation économique de notre continent. Car, à mon
humble avis, les premiers ennemis de la démocratie
sont la pauvreté et l’ignorance.

Comment se porte-t-elle, cette Afrique aujourd’hui,
après sa première décennie de démocratie pluraliste ?
Quel degré de développement économique a-t-elle
atteint depuis lors ? Quel degré de participation de
nos populations à ce processus de développement
économique ? Quels sont les fruits tirés par ces
populations des maigres progrès engrangés ? Ces
processus sont-ils durables ? Autant de questions
qui doivent préoccuper les parlementaires de la
Francophonie.

Sans doute est-il encore trop tôt d’espérer la paix sociale.
Mais l’avènement de la démocratie économique dans notre
continent n’est-il pas une exigence concomitante à la poursuite
de la démocratie sur le plan politique ?

Je pense que notre rôle de parlementaires doit être
concentré sur les efforts à fournir pour la démocratisation
économique du continent. Je suggère que nos initiatives de
contrôle visent de plus en plus le respect par nos gouvernants
des engagements pris dans le cadre de l’annulation de la dette.
L’on doit à ce sujet se préoccuper des questions qui touchent
effectivement l’amélioration des conditions de vie de nos
concitoyens.

Mon opinion est que nous ne saurions pas réussir la
démocratisation politique de nos pays sans en même temps
œuvrer pour l’avènement de la démocratie économique.
D’ailleurs, que signifie « démocratie » pour la femme africaine
si celle-ci ne lui apporte aucun allègement substantiel du poids
des durs labeurs des travaux des champs ? Qu’est-ce qu’une
élection pour un jeune malien, congolais ou burkinabè qui a
passé deux jours sur les trottoirs de Bamako, de Kinshasa ou de
Ouagadougou sans avoir trouvé un morceau de pain ?
Désormais, il faut que la démocratie soit non seulement le
pouvoir DU peuple PAR le peuple, mais surtout POUR le peuple.

J’aurai l’occasion d’y revenir lors du débat.

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