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Les flux migratoires dans l’espace francophone. La situation au Canada

par Mme Vivian Barbot, Députée, (Canada)

Le Canada est parmi les pays qui accueillent le plus grand nombre d’immigrants par habitant(1). En ce début de 21ième siècle, l’immigration continue de jouer un rôle déterminant dans le façonnement de la société canadienne. Dans les années 1990, le Canada a accueilli un plus grand nombre de nouveaux arrivants qu’au cours de toute autre décennie. Selon Statistique Canada, le contingent annuel d’immigrants, toutes proportions gardées, est plus important au Canada qu’en Australie et aux États-Unis, deux autres pays où l’immigration a joué un rôle important.

Ce qui fait qu’aujourd’hui, la population canadienne est composée pour 18,4 p. 100 de personnes nées à l’étranger. Dans les années à venir, le Canada n’aura d’autre choix que de maintenir une politique proactive dans ce domaine. Ayant à faire face au vieillissement rapide de sa population, l’immigration constituera le pilier même de sa croissance démographique. Lors de mon exposé, j’expliquerai comment le Canada tente de concilier cette réalité à la dualité linguistique du pays.


L’évolution de l’immigration au Canada

Dans un premier temps, permettez-moi de vous dresser un portrait rapide de l’immigration au Canada. Au début des années soixante-dix, 73,3 p. 100 de la population était considérée d’ascendance française ou britannique. Cela faisait alors 100 ans que le Canada classait les Canadiens comme étant d’origine ethnique française, britannique ou « autre » dans les données du recensement. Les démographes sont rapidement venus à l’évidence que cette classification ne permettait plus de bien saisir le nouveau visage de l’immigration au Canada. Si les Européens constituaient plus de 90 p. 100 des immigrants avant 1961, il n’en était plus de même dans les années soixante-dix. Après cette date, les immigrants provenant de l’Asie ont commencé peu à peu à occuper le haut du pavé : des 1,8 million d’immigrants arrivés de 1991 à 2001 au Canada, 58 p. 100 venaient de l’Asie.

Notons au passage que le Canada s’urbanise et que l’immigration constitue à renforcer ce phénomène. On peut même affirmer avec certitude que l’immigration au Canada est un phénomène fondamentalement urbain. En 2001, 70 p. 100 des immigrants vivaient dans les trois plus grands centres urbains du Canada : Montréal, Toronto et Vancouver. Cette réalité ne facilite pas la tâche des décideurs appelés à mettre en balance les intérêts de tous au sein de la fédération en étant à l’écoute non seulement des grands centres en pleine croissance mais aussi des régions aux prises avec des problèmes démographiques.

Immigration et aménagement linguistique

La Charte canadienne des droits et libertés, qui fait partie de la Constitution du Canada, garantit que le français et l’anglais bénéficient ainsi d’un statut égal et ont les mêmes droits et privilèges dans les institutions du Parlement et du gouvernement du Canada. La plus grande diversité d’origine des immigrants que nous avons évoquée précédemment constitue un défi pour la dualité linguistique canadienne. Lors du recensement de 2001, plus de 100 langues étaient parlées au Canada et 18 p. 100 des Canadiens indiquaient être de langue maternelle autre que française ou anglaise. Cette réalité a des répercussions différentes sur l’évolution de l’anglais et du français au Canada. Avec 25,2 millions de personnes pouvant parler l’anglais en 2001, la langue de Shakespeare exerce un pouvoir d’attraction très fort chez les immigrants.

À l’inverse, le français ne profite pas équitablement de cet apport démographique : un anglophone sur cinq est né à l’étranger alors que c’est le cas d’un francophone sur vingt. Il est toutefois nécessaire de différencier la situation du Québec avec celles des francophones vivant dans les provinces et les territoires où la langue anglaise est utilisée majoritairement par la population.

Le Québec accueille les trois quarts des immigrants francophones au Canada grâce à un travail très efficace mené par la province depuis de nombreuses années. Il faut souligner que le Québec peut appliquer ses propres politiques d’immigration, ce qui a contribué au ressourcement d’une population affectée par la dénatalité depuis le début des années soixante. La sélection des ressortissants étrangers souhaitant s’établir au Québec se fait selon un plan annuel d’immigration prévoyant des volumes d’immigration préalablement définis. Ce plan prévoit que 57 p. 100 des 48 000 immigrants admis en 2007 seront francophones. Le gouvernement du Québec accorde une attention particulière à l’intégration linguistique des nouveaux arrivants notamment par des programmes de formation linguistique.

En 2003, 20 097 immigrants admis au Québec connaissaient le français, soit 50,9 p. 100 de tous les immigrants. Et comme pour le reste du Canada, les 215 100 immigrants provenant de pays francophones qui étaient arrivés au Québec entre 1991 et 2001 habitaient à Montréal, la plus grande métropole francophone en Amérique du Nord. Dans le but de renforcer les régions du Québec et de contrôler le pouvoir d’attraction de l’anglais à Montréal, le gouvernement du Québec tente d’amener les immigrants à s’installer ailleurs au Québec.

Parlons maintenant de l’immigration francophone dans les autres provinces et territoires à majorité anglophone. Les statistiques du recensement de 2001 révélaient que 53 000 immigrants de langue française, soit à peine plus de 1 p. 100 de la population immigrante, s’étaient établis dans ces provinces. Dans ce cas, l’immigration tend à réduire le poids démographique de la population francophone étant donné que les immigrants préfèrent adopter l’anglais comme outil de communication courant. Recensement après recensement, les francophones en situation minoritaire voient donc leur pourcentage diminué par rapport à la population totale de la province.

C’est pourquoi qu’en 2003, le gouvernement du Canada s’est donné une politique ambitieuse en vue d’accroître le nombre d’immigrants francophones dans les provinces à majorité anglophone. Le but est que leur proportion soit au moins égale à celles des francophones dans la province ou le territoire concerné. Les provinces du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario, du Manitoba, de l’Alberta, de la Saskatchewan, de la Colombie‑Britannique et du Yukon travaillent conjointement avec le gouvernement fédéral pour atteindre cet objectif. Il est toutefois trop tôt pour évaluer les résultats puisque l’essentiel des efforts a été consacré jusqu’à ce jour à la planification.

De plus, d’autres enjeux doivent être pris en considération. Dans plusieurs provinces, les francophones en situation minoritaire doivent encore se battre sans relâche pour la survie de leur culture, de leur langue et de leurs institutions. Pour qu’elles puissent accueillir des immigrants qui parlent la même langue qu’eux, encore faut-il que les communautés francophones en situation minoritaire aient les capacités d’accueil et d’intégration pour le faire. Dans les provinces où les francophones n’ont accès qu’à quelques institutions scolaires, l’école ne peut pas jouer son rôle naturel d’intégration et de socialisation des immigrants.

Enfin, il est nécessaire de se rappeler une réalité fondamentale de la vie humaine qui se vérifie au Canada comme ailleurs : de façon générale, les individus tentent d’améliorer leurs revenus à long terme. C’est pour cette raison que des milliers de Canadiens et Canadiennes, qu’ils soient immigrants ou non, migrent dans d’autres provinces où les perspectives d’emploi sont meilleures L’exemple le plus frappant est la migration accrue de la population vers l’Alberta, province riche en pétrole, au cours de la dernière 2006. Il est trop tôt pour évaluer avec certitude si les immigrants francophones s’installent de façon permanente dans leur province d’accueil.

L’APPRENTISSAGE DE LA LANGUE

Il est généralement reconnu qu’il est essentiel que les immigrants qui arrivent au Canada, sans avoir une connaissance pratique d’une des deux langues officielles, en fassent l’acquisition afin de réussir leur intégration économique et sociale dans la société canadienne. En 2005, environ 36 p. 100 des immigrants ne parlaient aucune des deux langues officielles.

Citoyenneté et Immigration Canada, le ministère fédéral qui regroupe les services dans ce secteur, a mis sur pied différents programmes d’apprentissage des langues officielles qui sont les plus généralisés et qui accaparent le plus de ressources. Le Cours de langue pour les immigrants au Canada (CLIC), a été mis en place en 1992. Il offre des cours de langue aux adultes par l’entremise de divers organismes non gouvernementaux, commissions scolaires et collèges communautaires. Ces programmes sont très populaires et les récentes évaluations ont confirmé que de nombreux clients devaient attendre plusieurs mois avant de pouvoir participer à ces programmes.

CONCLUSION

La politique d’immigration d’un pays contribue puissamment au façonnement de son identité. C’est le cas du Canada où l’immigration est devenue un élément fondamental de son développement. Comme je l’ai expliqué de façon succincte dans mon allocution, un des défis consiste à accueillir des nouveaux arrivants avec des profils linguistiques diversifiés et de s’assurer que les deux groupes linguistiques, anglophone mais surtout francophone, en tirent profit. Au lieu de voir l’immigration comme une menace, les francophones de partout au Canada doivent en faire un outil de ressourcement démographique. Au Québec, les politiques en place permettent d’attirer un nombre substantiel d’immigrants francophones. À l’extérieur du Québec, il est à espérer que les initiatives gouvernementales récentes permettront de rehausser l’immigration francophone et qu’elles donneront les résultats escomptés.

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