Coopération

Les défis de la mise en œuvre au plan national de la convention de lutte contre la désertification

(Par Alain Edouard TRAORE)

La désertification et la dégradation des terres affectent de manière directe le patrimoine mondial. La lutte pour la maîtrise de ce phénomène est devenue l’un des plus grands enjeux des années à venir. La plupart des pays francophones ont ratifié la Convention des Nations Unies sur la Lutte Contre la Désertification (CNULCD), adoptée à Paris en 1994 et à ce jour ratifiée par 191 Etats. Cette convention constitue depuis dix ans le socle de l’action internationale en matière de lutte contre la désertification. Avec les deux autres conventions issues du Sommet de Rio (la Convention cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques CCNUCC et la Convention sur la Diversité Biologique CDB), elle constitue l’un des plus importants accords multilatéraux de l’environnement.

La désertification perturbe totalement l’activité agricole de nombreux pays et annihile leurs efforts de développement durable. Les pays les moins avancés (PMA), spécifiquement dans le sahel Africain sont touchés de plein fouet par la désertification. Il est impératif de lutter contre la désertification dont les conséquences risquent de s’aggraver du fait des changements climatiques.

1°. Problématique

On estime que 3,6 milliards d’hectares de terres sont sujets à des risques de dégradation dus à une mauvaise gestion des terres, de l’eau et des ressources végétales, au surpâturage et au prélèvement excessif de bois de chauffe, à des pratiques agricoles inadaptées entraînant l’érosion, la perte de fertilité et la salinisation des sols. Le stade ultime de la dégradation conduit à des situations irréversibles.
Plus d’un milliard et demi de personnes vivent dans des régions arides, semi-arides et sub-humides , réparties dans plus de 60 pays. A l’exception de ceux qui disposent de richesses minières et pétrolières (Moyen Orient) ou qui ont des activités industrielles et de service (Chine, Inde…), ces pays vivent essentiellement de leurs ressources naturelles et donc d’activités agricoles, pastorales et forestières, le plus souvent destinées à la consommation nationale.
On estime que 600 millions de personnes vivent dans des conditions de précarité et de pauvreté grandissante. Parmi les 50 pays dont le PNB/habitant est inférieur à 500 USD/an, 20 d’entre eux sont très directement affectés par la désertification.

Les conséquences sociales et économiques de tels processus sont graves : la désertification entraîne une perte de productivité des terres qui, dans un contexte de forte poussée démographique, engendre des phénomènes de migrations.

Les conséquences de la dégradation des terres ne se limitent donc pas aux pays qui en sont les victimes. Les effets, du point de vue de l’appauvrissement de la biodiversité, de la réduction de la fixation de carbone et de la pollution des eaux internationales peuvent être considérables et toucher tous les habitants de notre planète.

Lutter contre la désertification constitue une contribution essentielle à l’atteinte des objectifs du millénaire (OMD) pour le développement, notamment l’OMD 1 portant sur la réduction de l’extrême pauvreté et de la faim et l’OMD 7 portant sur l’environnement.

2. CONTEXTE INTERNATIONAL

La Convention des Nations Unies sur la Lutte Contre la Désertification est le socle de l’action internationale en matière de lutte contre la désertification. Sous son impulsion, des Programmes d’Action Nationaux de lutte contre la désertification ont été adoptés (PAN LCD).

2.1. L’action intégrée au niveau régional et sous-régional

Niveau régional permet la mise en œuvre d’actions transfrontalières pouvant contribuer à la prévention de conflits.
Depuis les grandes sécheresses en Afrique sub-saharienne et en Afrique du Nord des années 70, l’action régionale en faveur d’une meilleure gestion des ressources naturelles, d’une amélioration des systèmes d’alerte précoce ou de la lutte contre la dégradation des terres ont été réalisée avec l’appui de pays développés dans certains cadres, notamment, en Afrique, avec l’OSS et le CILSS (Comité inter-états de lutte contre la sécheresse au Sahel)
Ces actions ont pour objectifs :
-  D’aider à la construction, la diffusion, la mise en oeuvre de méthodologies communes et partagées
-  D’appuyer la structuration de l’action sous-régionale et la coordination entre acteurs de divers Etats voisins, notamment :

1. lutte contre l’insécurité alimentaire, de système d’alerte précoce, de maîtrise de l’eau et de LCD, en coordination avec l’OSS,

2. renforcer les actions structurantes de type IREM-LCD (IREM-LCD : Initiative régionale pour l’environnement mondial en matière de lutte contre la désertification qui permet de financer des petits projets de Lutte contre la désertification et la dégradation des terres portés par la société civile dans les pays du CILSS) pour fournir aux acteurs locaux de la LCD des gammes de pratiques éprouvées par le terrain - y compris celles issues de la société civile - et scientifiquement validées,

3. appuyer le CILSS et l’OSS dans leurs efforts d’accompagnement des pays membres pour le respect de leurs engagements vis à vis de la Convention sur la désertification, la défense conjointe de leurs intérêts dans les instances de concertation internationales, la présentation de bons dossiers de projets et l’amélioration des capacités de négociation.

4. favoriser les échanges entre les sous-régions africaines

-  De développer des thématiques de recherche communes et nouvelles

4. Actions au plan national

Il faut assurer la cohérence et l’intégration optimales des programmes nationaux de LCD, de gestion de la biodiversité, d’adaptation au changement climatique et de lutte contre la pauvreté et de développement rural. C‘est au niveau national que se formalisent les politiques nationales et les cadres légaux et réglementaires. Les principales actions envisagées sont :

Elaboration des politiques et des stratégies nationales adaptées mettant en œuvre les aspects essentiels de la lutte contre la désertification :

1. aider les ministères sectoriels en charge de la LCD à élaborer les arguments pour placer cet objectif au plus haut niveau possible dans les priorités nationales de développement et de lutte contre la pauvreté (intégrer la LCD dans les Documents de stratégie de réduction de la pauvreté) et mobiliser des sources de financement nationales

2. encourager les liens et les synergies entre les programmes d’actions nationaux relatifs à l’environnement, notamment ceux élaborés dans le cadre de la CDB et de la CCNUCC,

3. encourager l’établissement de cadres fonciers, sociaux et politiques favorisant la sécurité et la stabilité d’accès aux ressources et leur gestion durable,

4. veiller à ce que le législateur vote des lois adaptées : code forestier, code de l’environnement

Développement et promotion des systèmes et des techniques de gestion durable des ressources naturelles

1. renforcer la promotion des systèmes de culture et des techniques culturales permettant d’intensifier les pratiques agricoles sans nuire à l’environnement : agricultures de conservation, techniques de gestion de la fertilité des sols et d’économie d’eau, techniques de lutte contre l’érosion, systèmes assurant la gestion concertée et durable des ressources ligneuses, la gestion améliorée des ressources pastorales et la prévention des conflits locaux, la conservation et la valorisation de la biodiversité locale,

2. favoriser des pratiques énergétiques limitant l’utilisation traditionnelle de la biomasse, qui constitue la principale ressource énergétique dans la zone sahélienne, et aider au développement de solutions plus durables (gestion de la ressource en bois, valorisation de déchets agricoles, amélioration de l’efficacité énergétique et développement des sources d’énergies renouvelables et d’énergies de substitution).

Observation finale

L’intégration de lutte contre la désertification et la dégradation des terres dans les politiques de développement nationales et les stratégies de lutte contre la pauvreté permettra de mobiliser les ressources financières en faveur d’actions concrètes.

Les perspectives se doivent d’être consolidées par un dispositif légal pertinent.


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