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« La langue française n’est pas une langue mais une vaste baie ouverte pour moi. je l’oublie car je la parle et j’y écris ce que je vis et rêve. »

Entretien avec Kamel Daoud, finaliste de la 13e édition du Prix des cinq continents de la Francophonie.

Kamel Daoud, a obtenu le prix de la 13e édition du Prix des cinq continents de la Francophonie.

Tout d’abord, je tenais à vous exprimer les félicitations de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie pour votre sélection en tant que finaliste de la 13e édition du Prix des cinq continents de la Francophonie, avec Meursault, contre-enquête aux éditions Barzakh. En premier lieu, comment avez-vous accueilli la nouvelle de votre sélection  ?
Kamel Daoud : Avec plaisir, certainement. Mais aussi avec espoir de voir devenir visible une troisième génération d’écrivains maghrébins et algériens, au-delà du simple héritage post-colonial.

Est-ce que le concept de littérature francophone a une réalité pour vous ? Quel est votre rapport à la langue française ?
Kamel Daoud  : La littérature a une seule langue pour moi : celle de l’expression de cet imaginaire qui est lui-même l’expression la plus proche de l’exactitude de nos réels. Mon rapport à la langue est cependant « doublé » par un rapport de l’histoire de mon pays mais qui ne m’enferme pas et qui m’offre le monde. La langue française est pour moi un « bien-vacant » en Algérie. C’est une langue propre, mienne, découverte par le désir et non par la contrainte (enfant j’ai découvert les livres seul et non dans les écoles). C’est un territoire de libération, et pas de « colonisation » contrairement à mes ainés qui l’ont vécu ou hérédité dans la contrainte ou la violence ou la passion. C’est une langue insulaire. Curieuse car créolisée, fascinante parce que j’en découvre ce caractère « herbes sauvages » car échue, abandonnée chez moi par les siens, poussant comme du lierre sur les objets et les rendant audibles ou i n s o n o r e s . La langue française n’est pas une langue mais une vaste baie ouverte pour moi. Je l’oublie car je la parle et j’y écris ce que je vis et rêve. Ce n’est pas une langue mais une étrange conversation que j’écoute dans ma tête.

Quelles sont vos sources d’inspiration en littérature ?
Kamel Daoud : On a toujours, en littérature, deux généalogies : celle que l’on rêve et celle qui vous a fait. C’est comme lorsqu’on vous demande de choisir vos parents alors que vous êtes déjà venu au monde par la rencontre d’un autre couple. J’aime Gabriel Marquez et cette libération par le conte qu’il m’a enseigné, j’aime Camus pour cette exigence du mot exact que je ne respecte pas et qui me culpabilise. J’aime Michel Tournier pour ce culte du mythe à revisiter et j’ai longtemps lu les américains pour cette façon qu’ils ont de raconter des histoires en écrivant seulement la moitié, regardant leur personnage de « dehors ». Mes sources d’inspirations restent ces grands livres écrits par les Dieux dit-on : les mythes.

Enfin, quel serait votre message à délivrer aux parlements francophones ?
Kamel Daoud : Le français n’est pas la France : la rencontre des langues est, à la fois, le lieu du baiser et de l’humanité.

A noter :
Le 13e Prix des cinq continents de la Francophonie sera remis en marge du XVe Sommet de la Francophonie en novembre 2014 à Dakar (Sénégal).

Kamel Daoud, lauréat du prix de la 13e édition du Prix des cinq continents de la Francophonie

Lire un extrait du livre, Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud (Algérie) aux éditions Barzakh 2013

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