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«La langue française est mon fil d’Ariane dans le labyrinthe du sens et de l’être.»

Entretien avec Jonathan Gaudet, finaliste de la 13e édition du Prix des cinq continents de la Francophonie

Tout d’abord, je tenais à vous exprimer les félicitations de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie pour votre sélection en tant que finaliste de la 13e édition du Prix des cinq continents de la Francophonie, avec La dérive des jours aux éditions Hurtubise. En premier lieu, comment avez-vous accueilli la nouvelle de votre sélection ?
Jonathan Gaudet  : J’ai appris la bonne nouvelle par mon éditeur. En plein déménagement, parmi les boîtes et les cartons de mon appartement pragois, j’ai accueilli cette annonce avec une joie qui s’est vite convertie en fébrilité. Le fait de me retrouver pour mon premier roman parmi une liste de nominés aussi prestigieuse est pour moi est un immense honneur. C’est avec humilité que j’en remercie l’assemblée parlementaire.

Est-ce que le concept de littérature francophone a une réalité pour vous ? Quel est votre rapport à la langue française ?
Jonathan Gaudet : La littérature francophone a toujours été centrale à mon évolution littéraire, aussi bien en tant que lecteur qu’écrivain. Sa réalité correspond à la mienne : une façon d’envisager le monde actuel et de mieux comprendre les facettes qui le composent. Comme lecteur, la littérature francophone est l’arbre sous le feuillage duquel je me réfugie par temps de pluie et de soleil. Comme écrivain, je suis l’oiseau qui se pose sur l’une de ses branches.
Mon rapport à la langue française est affectif et intellectuel. Le français est la langue de mes parents et celle de mes enfants. Elle est mon mode d’expression privilégié à l’oral et à l’écrit. Elle est le filtre à travers lequel j’envisage le réel et la constante de mes errances. De l’Argentine à la Louisiane, en passant par Sainte-Julienne, mon village natal, et Prague, ma ville d’adoption pour un temps, j’ai partout retrouvé les traces de son passage et les échos de sa voix. La langue française est mon fil d’Ariane dans le labyrinthe du sens et de l’être.

Quelles sont vos sources d’inspiration en littérature ?
Jonathan Gaudet : Elles sont nombreuses. Dany Laferrière pour son utilisation du présent de l’indicatif et son sens du mot juste. Milan Kundera pour son regard pénétrant, son économie d’expression et son humour mordant. John Steinbeck pour la grandeur de ses personnages et la beauté nue qu’il met en toute création. Hemingway pour sa concision. Borges pour ses détours. Diderot pour son Jacques le Fataliste. Marguerite Yourcenar pour ses Mémoires d’Hadrien. Rabelais, Saramago, Roth, Paasilinna… La liste est longue.

Enfin, quel serait votre message à délivrer aux parlements francophones ?
Jonathan Gaudet : Je conçois la francophonie comme une entité qui dépasse, transcende et rénove l’individu. Au-delà des particularismes et des frontières nationales, je crois en une communauté d’esprits sur laquelle les hommes et les femmes peuvent s’appuyer pour se surpasser eux-mêmes.
Peu importe les territoires et la géographie, la littérature francophone, la littérature-monde m’apparaît comme un lieu sûr, une retraite ouverte sur le globe où l’on parle et vit en français. Lecteurs lisez, auteurs écrivez. L’accès à cette zone de sûreté n’est pas prohibé. Nulle barrière n’en bloque l’entrée.
En cette époque de vastes chantiers et de profondes modifications, la littérature-monde a un rôle à jouer. Celui d’un guide aux multiples visages, aux formes et couleurs changeantes, au sourire immuable et aux bras toujours ouverts. Je n’oublie jamais que dans cette constellation variable où nous évoluons sans cesse, c’est dans le voyage que se situe la destination.

A noter :
Le 13e Prix des cinq continents de la Francophonie sera remis en marge du XVe Sommet de la Francophonie en novembre 2014 à Dakar (Sénégal).

Crédit photo : Martine Doyon

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