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La Francophonie institutionnelle : un tournant décisif ! Entretien avec Son Excellence Monsieur Abdou DIOUF, Secrétaire général de la Francophonie.

Une nouvelle Charte de la Francophonie a été adoptée lors de la 21ème session de la Conférence ministérielle de la Francophonie qui s’est tenue à Antananarivo en novembre dernier. Abdou Diouf, le Secrétaire général de l’OIF, nous la présente.

En quoi cette charte renforce l’OIF et modifie les modes de fonctionnements des institutions de la Francophonie ?

Abdou Diouf,
Secrétaire général
de l’Organisation internationale
de la Francophonie.
Cyril Bailleul/OIF©

Abdou Diouf : Cette Charte permet de définir de manière plus cohérente les domaines de compétence des différentes institutions de la Francophonie.

Elle favorise une synergie nécessaire et une coopération plus étroite avec les différents opérateurs. Elle génère une dynamique nouvelle qui doit contribuer à une plus grande cohésion et une plus grande lisibilité de l’action globale de la Francophonie, notamment celle menée sur le terrain.
Elle consacre l’importance de la dimension politique de notre Organisation, qui marque fortement sa vocation à être un acteur universellement reconnu et à part entière des relations internationales.

Je voudrais ajouter que cette réforme nous avait été demandée par le dernier Sommet de Ouagadougou, en 2004. Nous y avons travaillé ensemble avec un remarquable esprit constructif et nous avons respecté les délais qui nous avaient été fixés, soit un an plus tard. Inutile de vous dire que la Conférence ministérielle d’Antananarivo fut un moment marquant, un tournant décisif dans l’évolution de la Francophonie institutionnelle.

Comment cette réforme se traduira-t-elle pour les différents opérateurs ?

Abdou Diouf : Sa mise en œuvre permettra de procéder aux ajustements qui s’imposeront pour améliorer et moderniser nos méthodes de travail, notre offre de coopération, en privilégiant en particulier les projets et les actions qui correspondent bien à nos spécificités et nos savoir-faire, qui doivent être clairement marqués par une véritable valeur ajoutée de la Francophonie.

Pour y parvenir, je compte beaucoup en particulier sur la rénovation et le renforcement du fonctionnement du Conseil de Coopération et sur la collaboration renforcée avec nos opérateurs et avec l’APF. Car c’est ensemble, en définissant de concert nos démarches, nos objectifs, nos stratégies, que nous serons en mesure de réaliser de grandes choses.

Outre la nouvelle Charte, nous disposons d’un Cadre Stratégique décennal et d’une nouvelle programmation quadriennale, préparée au cours de l’année 2005.


Vous avez évoqué, dans le discours que vous avez prononcé à Antananarivo, l’importance qu’il y aurait pour la Francophonie à s’investir davantage en matière de maintien de la paix. Quels sont les moyens d’actions envisagés pour répondre à cet objectif ?

Abdou Diouf : La Francophonie n’est pas un acteur direct en matière de maintien de la paix, et il n’est pas dans ses objectifs de le devenir.

Mais nous constatons une évolution significative au cours des dernières années qui montre que les missions des forces de maintien de la paix deviennent multidimensionnelles, et dépassent la dimension strictement militaire.

Ces opérations s’impliquent en effet de plus en plus dans des appuis à la restauration de l’Etat de droit, dans les processus électoraux, dans des actions visant à faciliter les transitions et les processus de sortie de crise. A ce titre, il apparaît légitime pour nous, compte tenu de nos spécificités et de nos savoir-faire, de développer nos partenariats avec les grands acteurs directs du maintien de la paix, notamment les organisations internationales multilatérales, dans ces domaines absolument nécessaires à l’instauration d’une véritable paix durable fondée sur la consolidation de la démocratie.

J’aime à rappeler que partager une langue, c’est aussi partager des valeurs : la langue doit aussi être un outil d’intercompréhension qui vise à surmonter les différends et qui, par la tolérance et le respect mutuel, se met au service de la paix.

Le président Ravalomanana (au centre), entouré du Secrétaire général Abdou Diouf (à droite) avec les ministres des soixante-trois Etats et gouvernements de la Francophonie à Antananarivo (Madagascar) le 23 novembre 2005. Mahita/OIF©

Cette solidarité devient urgente et vitale dans les situations de crises ou de conflit interne. L’OIF a fait de l’alerte précoce, du règlement pacifique des crises et des conflits, de l’accompagnement des processus de transition et de la consolidation de la paix, un axe privilégié de ses interventions.

Cette méthode, nous l’avons appliquée aux Comores, en RDC, en Haïti, en Côte d’Ivoire, et partout ailleurs où nous sommes intervenus. Un domaine dans lequel la Francophonie peut aussi s’impliquer et développer ses savoir-faire, en complément des actions qu’elle mène déjà, est certainement celui de la formation. Je vous donne un exemple : à Bamako, pendant le Symposium international portant sur le bilan de la mise en œuvre de la Déclaration de Bamako, la première école de formation de policiers francophones a été inaugurée, amorçant le lancement d’un nouveau programme de formation/perfectionnement de policiers francophones du Sud. A mes yeux, la Francophonie peut s’impliquer davantage dans ce type de projet avec l’aide des Etats qui s’y intéressent.

L’Assemblée parlementaire de la Francophonie a toujours été une entité à part au sein des institutions francophones. Reconnue assemblée consultative, elle joue à son échelle un rôle de vigie de la démocratie et met en œuvre la coopération parlementaire par délégation de l’OIF.
Quelle place attendez-vous qu’elle occupe aujourd’hui dans le cadre de la nouvelle Charte ?

Abdou Diouf : Selon la nouvelle Charte adoptée à Antananarivo, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie fait partie des institutions de la Francophonie.

L’APF reste un pilier de notre dispositif institutionnel. Et j’attends qu’elle continue à jouer son rôle de vigie de la démocratie, comme vous le dites si bien. Elle a, dans ce domaine de la démocratie et des droits de l’Homme, des atouts irremplaçables : la légitimité des élus, l’expérience pratique de la vie démocratique, une grande liberté politique qui donne une véritable force à ses interventions.

Je suis vraiment impressionné par la qualité et la variété de ses activités. L’APF traite de multiples sujets que vous abordez, au-delà même du cœur de son action qui porte sur la démocratie. Je suis également très sensible à ses activités pour renforcer la place des femmes dans la vie publique, pour faciliter l’accès des jeunes à la citoyenneté, pour lutter contre la propagation du VIH/SIDA, et puis bien entendu, à son engagement en faveur de la diversité culturelle et linguistique et de la langue française.

« L’Agence de coopération culturelle et technique créée par la Convention de Niamey le 20 mars 1970, et devenue Agence de la Francophonie, prend l’appellation Organisation internationale de la Francophonie »
Charte d’Antananarivo, article 9