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La Francophonie est en deuil


« ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité
ruée contre la clameur du jour
ma négritude n’est pas une taie d’eau morte ruée contre la clameur du jour,
ma négritude n’est pas une taie d’eau morte
sur l’œil mort de la terre,
ma négritude n’est ni une tour ni une cathédrale.
elle plonge dans la chair rouge du sol
elle plonge dans la chair ardente du ciel
elle troue l’accablement opaque de sa droite patience. »

Extrait de Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire.

Avec Aimé Césaire disparaît l’une des plus grandes figures de la littérature francophone du XXème siècle. La multiplicité de ses œuvres est le reflet de la diversité des genres qu’il a abordés, et d’abord bien sûr la poésie. Le titre d’un de ses recueils, « Noria », a été choisi en 2002 par notre Assemblée pour désigner son principal programme de coopération, tendant à diffuser l’information législative en langue française.

La Francophonie est en deuil parce qu’avec Aimé Césaire disparaît l’inventeur et le chantre, avec Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas, de la « négritude », c’est-à-dire du rejet de l’assimilation à un modèle unique, et un plaidoyer enflammé pour « l’identité retrouvée, celle de la différence reconnue, celle de la différence mutuellement consentie et, parce que consentie, surmontable en complémentarité, ce qui rend possibles, je veux l’espérer, une solidarité et une fraternité nouvelles ».

Notre Assemblée est en deuil parce qu’elle perd aussi un de ses anciens collègues, qui fut maire de Fort-de-France de 1945 à 2001, député français de 1945 à 1993, représentant à Paris de cette Martinique qu’il aimait tant. Il avait récemment, en mars 2007, reçu les membres du Bureau de la Commission de l’éducation, de la communication et des affaires culturelles.
Poète et politique parce qu’avant tout humaniste, il reste pour nous le symbole de la lutte contre le colonialisme, contre toutes les formes d’intolérance, de rejet, le symbole de l’affirmation de la primauté de l’Homme et de sa singularité. « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir », se promettait-il dès 1938. Il a tenu parole. Nous essaierons de toujours mieux la faire connaître.

par Jacques Legendre, Secrétaire général de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie

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