Ressources

«L’écrivain francophone est écrivain avant d’être francophone. »

Entretien avec Larry Tremblay, finaliste de la 13e édition du Prix des cinq continents de la Francophonie

Tout d’abord, je tenais à vous exprimer les félicitations de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie pour votre sélection en tant que finaliste de la 13e édition du Prix des cinq continents de la Francophonie, avec L’orangeraie aux éditions Alto. En premier lieu, comment avez-vous accueilli la nouvelle de votre sélection ?
Larry Tremblay : J’ai accueilli ma nomination avec une grande fierté. C’est pour moi une reconnaissance importante.

Est-ce que le concept de littérature francophone a une réalité pour vous ? Quel est votre rapport à la langue française ?
Larry Tremblay  : Ces dernières années une « querelle » a émergé, opposant le concept de « littérature-monde en français » et celui de « francophonie littéraire ». Ce débat a fait ressortir plusieurs divergences (parfois purement théoriques) et quelques recoupements importants. Pour ma part, je préfère me concentrer sur l’aspect convergent de ce débat, à savoir que le français appartient à celui qui le parle peu importe où il se trouve dans le monde. L’écrivain francophone est écrivain avant d’être francophone. Il se définit par son écriture, son style, sa façon de respirer la langue qu’il utilise. Le concept de « littérature francophone » a son utilité si seulement il permet un travail réel de décentralisation, un équilibre nord/sud, une meilleure circulation des oeuvres écrites en français peu importe leur lieu d’origine.
Mon rapport à la langue française est vital, primordial. J’ai puisé quelques statistiques dans un reportage sur la vie et la mort des langues. Transformer le réel en colonnes de chiffres n’est pas la meilleure façon de l’appréhender mais cela nous amène à prendre conscience que l’avenir n’est jamais très loin. Ainsi, sur les 6000 langues parlées aujourd’hui, la moitié aura disparu dans un siècle. À l’autre extrémité, cinq langues (chinois, anglais, russe, espagnol, hindi) sont parlées par la moitié de l’humanité et, avec une centaine d’autres, elles constituent le seul moyen de communication de 95% des Terriens. Parmi les langues sur le point de mourir se trouvent l’aore (un seul habitant de Vanuatu le parle), le sireniski (deux vieilles femmes de Sibérie le parlent) et l’elmolo (six Éthiopiens le parlent). Il va de soi que je ne connaissais pas l’existence de ces langues et que le Petit Robert ne les mentionne pas. Une langue naît et meurt. Voilà ce que les statistiques nous disent. Mais personne ne veut voir sa langue mourir avant lui-même. En tant que Québécois francophone, je considère la survie du français en Amérique de Nord comme un enjeu capital.

Quelles sont vos sources d’inspiration en littérature ?
Larry Tremblay : Je me situe dans cette famille d’écrivains qui mettent autant d’importance, parfois plus, à la matière et au rythme des mots qu’à leur sens. J’aime bien l’expression « le travail de la langue ». J’ai été nourri par Proust, Ducharme, Sartre, Bernhard, Shakespeare, Beckett, Blais et bien d’autres. Dans le domaine plus spécifique de l’écriture dramatique, mes pièces relèvent « d’un théâtre de la parole » où dire, c’est faire. Il est aussi important pour moi que la parole n’épuise pas tout le sens. Comme le corps, sur une scène, qui ne révèle jamais tout. Sans mystère, je m’ennuie. Je ne recherche ni l’opacité ni la transparence. Je ne tiens pas à tout savoir, mais je veux comprendre. C’est cette volonté éveillée qui m’attire au théâtre.

Enfin, quel serait votre message à délivrer aux parlements francophones ?
Larry Tremblay : Faire en sorte que la littérature ne soit pas traitée comme une marchandise. Établir des lois qui protègent le livre des monopoles et permettre sa diffusion et sa promotion. Considérer le français non comme un territoire mais un espace.

Lire un extrait : http://www.francophonie.org/Chaque-semaine-un-extrait-d-un-des-45223.html

A noter :
Le 13e Prix des cinq continents de la Francophonie sera remis en marge du XVe Sommet de la Francophonie en novembre 2014 à Dakar (Sénégal).

VOIR AUSSI

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts.     En savoir plus...Fermer