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L’Agence universitaire de la Francophonie. Réseau d’échanges et de solidarité. Entretien avec Michèle Gendreau- Massaloux, recteur de l’Agence Universitaire de la Francophonie.

« L’AUF a permis qu’entre institutions, entre doyens, entre professeurs, entre chercheurs, entre étudiants, se produisent des croisements d’expériences, des mobilités, puis le début d’une information scientifique en ligne et d’un enseignement à distance de qualité », souligne Michèle Gendreau- Massaloux, recteur de l’Agence Universitaire de la Francophonie.

Pourquoi l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) a-t-elle été créée et quels sont les bénéficiaires de ses actions ?

Michèle Gendreau-Massaloux, recteur de l’AUF

Michèle Gendreau-Massaloux : La francophonie des universités, de la recherche, des jeunes et des diplômes, s’est d’abord voulue un réseau d’échanges et de solidarité entre des institutions d’enseignement supérieur et de recherche. L’AUF associe aujourd’hui 616 universités et centres de recherche situés dans le monde entier. A la naissance de l’Association des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue française, l’AUPELF, les grandes figures historiques porteuses du projet fondateur, Léopold Sédar Senghor, Hamani Diori et Habib Bourguiba, l’ont ancré au Sénégal, au Niger, ainsi qu’en Tunisie. Norodom Sihanouk l’a, quant à lui, fait vivre au Cambodge et Jean-Marc Léger au Québec. Le développement de l’enseignement supérieur, notre priorité, nous fait d’abord nous tourner vers les pays en développement pour que leurs systèmes d’enseignement supérieur accède aux normes de qualité et de bonne gouvernance.


Avec un peu de recul, quel bilan pouvez-vous faire de l’action de l’AUF ?

Michèle Gendreau-Massaloux : L’énergie de ces pensées, déployées sur les territoires universitaires des pays francophones, a permis qu’entre institutions, entre doyens, entre professeurs, entre chercheurs, entre étudiants se produisent des croisements d’expériences, des mobilités, puis le début d’une information scientifique en ligne et d’un enseignement à distance de qualité.

Aux universités des pays traditionnellement liés à la Francophonie institutionnelle se sont joints, depuis 2001, des universités et des centres de recherche de pays non francophones, dans lesquels certains établissements dispensent un enseignement ou se livrent à des travaux de recherche en français.

L’Agence Universitaire de la Francophonie compte des universités membres en Chine, en Israël, en Russie, au Brésil par exemple, et son projet est de recommander un pluralisme scientifique mondial qui donne à chaque étudiant les moyens de parler plusieurs langues, de connaître plusieurs cultures. La chance de la langue française, qui n’est plus la première langue de communication mondiale, est d’être à la fois le signe d’une ouverture culturelle (Pierre Bourdieu aurait pu parler de « distinction »), et une langue scientifique, qui donne accès à des métiers utiles au développement dans les secteurs de l’agronomie, de la démographie, du droit, de la médecine et bien d’autres…

Quels sont les principes, les objectifs et les modalités du travail de l’AUF ?

Michèle Gendreau-Massaloux : Nous travaillons selon trois méthodes, qui s’appuient sur des composantes de notre institution, implantées dans le monde entier.

Le campus numérique francophone de Bamako (Mali)

La première composante est constituée de pôles régionaux de compétences scientifiques. Sur appel d’offre international, nous sélectionnons des centres de recherche qui disposent déjà d’enseignants-chercheurs et cherchent à devenir des centres de formation à la recherche pour toute la région dans laquelle ils se situent. Nous aidons ces centres à recevoir des enseignants qualifiés, à les fixer, à préparer les étudiants à la soutenance de thèses, le plus souvent possible en co-tutelle. Nous sollicitons les universités et les centres de recherche associés des pays développés pour qu’ils s’associent à cette démarche. Nous faisons appel, lorsque le pôle de recherche répond à notre espoir en produisant une recherche de qualité, à d’autres sources de financement que les nôtres. Il en est ainsi du laboratoire de Doumbe Ogobara, au Mali, dont le programme de recherche-développement concernant le paludisme nous semble exemplaire. Il est maintenant bien connu de la Banque Mondiale.

La deuxième méthode consiste à délivrer des bourses pour faciliter la mobilité des étudiants, des enseignants et des chercheurs. Là encore, le choix se fait sur proposition de commissions régionales d’experts, tous universitaires, qui doivent juger des dossiers pour les départager, ce qui n’est pas simple puisque le nombre de candidats de qualité est bien supérieur au nombre d’allocations que nous pouvons offrir. Pour ces lauréats, nous simplifions les démarches nécessaires pour obtenir des visas. Nous souhaitons qu’un système de visas à entrées multiples permette à ces jeunes talents de faire alterner des périodes de séjour professionnel dans leur pays d’origine avec des périodes de formation dans le pays où ils ont obtenu un diplôme qualifiant.

Notre troisième moyen d’action réside dans la vigueur de nos réseaux de chercheurs et de responsables d’ensembles institutionnels. Par exemple, notre réseau d’économistes s’est spécialisé dans la problématique du développement durable ; notre réseau de démographes se penche non seulement sur la méthodologie des enquêtes et des recensements mais aussi sur le développement des villes, les communications, les migrations, les marchés….

Chaque réseau comprend des représentants de tous les pays dans lesquels se trouvent des universités et des centres de recherche membres de l’AUF, et il est géré par un comité de pilotage élu, qui lui-même désigne un coordonnateur pour une durée déterminée.
L’ensemble de nos chercheurs constitue un vivier dont les coordonnées, accessibles sur internet, permettent aux grandes institutions multilatérales de faire appel à nous en tant que de besoin.