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«J’ai besoin d’écrire pour donner à mon âme le temps de se poser. L’inspiration vient sans aucun doute au contact du monde mais l’écriture ne se révèle vraiment que dans la solitude et loin de l’agitation.»

Entretien avec Sonia Baechler, finaliste de la 13e édition du Prix des cinq continents de la Francophonie

Tout d’abord, je tenais à vous exprimer les félicitations de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie pour votre sélection en tant que finaliste de la 13e édition du Prix des cinq continents de la Francophonie, avec "On dirait toi" aux éditions Bernard Campiche. En premier lieu, comment avez-vous accueilli la nouvelle de votre sélection ?
Sonia Baechler  : J’ai été particulièrement touchée par cette nouvelle. C’est une très jolie reconnaissance et elle va dans le sens de ce que j’ai tenté de faire en écrivant « On dirait toi ». Je n’ai donné dans ce livre aucun repère géographique, aucun repère temporel, même si pour les lecteurs qui connaissent le Valais Suisse, il est évident que j’y ai puisé mon inspiration. Au delà du fait que je suis originaire de cette région, que j’ai été fortement imprégnée par sa géographie, ses légendes, ses paysages, sa langue et ses habitants, il était important pour moi que des lecteurs à l’autre bout du monde puissent se reconnaître dans mes mots, qu’ils puissent s’approprier cette histoire avec leurs propres référents, leurs propres émotions et leur culture. Cette sélection me va droit au coeur.

Est-ce que le concept de littérature francophone a une réalité pour vous ? Quel est votre rapport à la langue française ?
Sonia Baechler : J’ai appris le français dans mon Valais natal. Ce n’est que plus tard, lorsque j’ai été en mesure de le confronter avec le monde francophone au sens large -lectures, rencontres, voyages-que j’ai pris conscience qu’il existait des multitudes de façons de modeler une langue et de mettre en mots les univers. S’il m’est arrivé, adolescente, d’éprouver une gêne lorsque je réalisais que telle ou telle façon de parler n’était pas « française » ou qu’une tournure de phrase n’était « grammaticalement pas correcte », je suis capable aujourd’hui de voir de la poésie dans une « erreur » ou dans une expression non répertoriée dans un dictionnaire, pour autant que cette erreur ou cette expression me raconte une histoire.

La langue est aussi un signe d’appartenance, une identité en soi. Elle véhicule non seulement des mots mais des mondes, des vies, des cultures façonnées par leur géographie, leurs espaces, leur Histoire. La littérature francophone est à l’image des gens qui la vivent : variée, riche et colorée.
Ce qui m’a menée vers l’écriture, c’est sans doute cette multitude de possibles. Car les mots, quels qu’ils soient, me touchent, me parlent. Lorsque j’écris c’est comme si j’entendais de la musique. Chacun d’eux trouve sa place comme dans un orchestre. La poésie, la langue, ce sont aussi pour moi toutes ces sonorités qui évoluent en fonction du temps, de notre patrimoine, de nos rencontres.

Quelles sont vos sources d’inspiration en littérature ?
Sonia Baechler : Mes sources d’inspiration sont variées : des lectures, de la poésie, des rencontres, les voyages, la marche, les paysages, les lumières, un mot, une odeur, le passé, le présent... tout ce qui fait la Vie ! J’ai besoin d’écrire pour donner à mon âme le temps de se poser. Tout va si vite autour de moi… Je suis quelqu’un de lent, j’ai besoin d’apprivoiser le monde, de marcher à mon rythme, d’écrire à mon rythme. L’inspiration vient sans aucun doute au contact du monde mais l’écriture ne se révèle vraiment que dans la solitude et loin de l’agitation. Je ne sais pas écrire sur commande, je ne sais pas me mettre de délai. J’avance comme ça, sans trop savoir où je vais, sans trop savoir si je finirai. Lorsque je me sens bloquée, j’attends qu’un mot, une phrase, un regard, une petite histoire entendue ici ou là me guide…

Enfin, quel serait votre message à délivrer aux parlements francophones ?
Sonia Baechler : En Suisse, il est souvent question de littérature de voyage, de l’importance pour nous, écrivains suisses, de nous ouvrir au monde, d’aller chercher notre langue, nos sujets dans l’ailleurs, dans le « road trip », le voyage initiatique. C’est l’éloge d’une littérature qui puise ses racines à l’extérieur.
Si je ne remets en aucun cas en question l’importance d’une ouverture au monde, je me désole d’entendre parler de « chroniques champêtres » lorsqu’un auteur suisse parle de son pays. Je pense que nous avons notre langue, nos racines et qu’elles peuvent véhiculer de l’exotisme et s’inscrire dans une universalité. L’un et l’autre ne sont pas incompatibles. Notre culture, notre langue, notre histoire a aussi sa magie, son exotisme, son humour. Les littératures sud-américaines, africaines, sont parfaitement capables d’exporter leurs mondes, l’attachement à leurs origines, leurs particularités, pourquoi pas nous ?
Je n’ai pas de message particu¬lier à transmettre. Qui serais-je pour me le permettre ? Je me contenterai simplement de dire que l’existence d’un tel prix est une chance. Il met en avant toute la diversité du monde fran¬cophone, toutes ses couleurs et toutes ses richesses.

LIRE un extrait : http://www.francophonie.org/Chaque-semaine-un-extrait-d-un-des-45219.html

A noter :
Le 13e Prix des cinq continents de la Francophonie sera remis en marge du XVe Sommet de la Francophonie en novembre 2014 à Dakar (Sénégal).

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