Instances

Intervention de Mme Chedlia Boukchina (Tunisie), députée, Chef de la délégation tunisienne

Le monde a connu des mutations rapides connues aujourd’hui sous le
vocable de globalisation avec tous ses aspects économiques, politiques,
culturels et idéologiques.

Cette globalisation se manifeste de plus en plus par :
- La division du monde en états riches dans lesquels les riches du
monde émergent et ont la particularité de prendre des décisions dans
l’arène internationale, et des états marginaux qui font face, à des défis et
des difficultés qui les obligent à vivre dans le giron des états puissants.
- La minimisation du rôle des Nations Unies et des institutions
internationales, dans la résolution des problèmes, en particulier, ceux ayant
trait aux crises internationales et régionales.
- L’augmentation des prix des matières premières et énergétiques et
parfois leur chute subite et vertigineuse.
- La libéralisation du commerce international et la suprématie du
principe de l’économie de marché ou ce qu’on appelle communément le
capitalisme sauvage.

Au milieu de cette tempête, et bien avant, la Tunisie n’a pas cessé
d’adopter une démarche politique prévoyante pour essayer de faire face
aux changements économiques et sociaux, sur le plan national et
international. En effet , la Tunisie a pressenti très tôt les prémices de la
crise financière internationale. Dès lors, les experts tunisiens se sont
penchés sur la question afîn de comprendre, d’analyser et de définir ses
répercussions sur le comportement de l’individu, des groupes et des
sociétés dans le milieu financier, économique et éventuellement social

Certains analystes tunisiens pensent que l’économie tunisienne,
notamment les banques tunisiennes sont épargnées et ne seront pas
touchées par la crise. En effet, le marché financier tunisien est différent de
celui de l’Europe ou de |’Amérique, et les échanges entre les banques tunisiennes et les banques internationales sont contrôlés par la banque
centrale.

La Tunisie n’a pas de placements auprès des établissements tombés en
faillite. Les investissements américains en Tunisie et les échanges
commerciaux entre les deux. pays sont faibles. La part des étrangers dans la
capitalisation boursière, évaluée à 25 % est détenue par des actionnaires de
référence et non par des investisseurs financiers. Le dispositif financier du
crédit immobilier est relativement solide puisque la majorité des Tunisiens
sont propriétaires de leurs logements. A tout cela, il faut ajouter que la
gestion du système financier par l’Etat est rigoureuse. Les autorités
bancaires ont décidé de ne pas programmer de sortie des réserves en
devises, sur les marchés financiers internationaux en 2008 et en 2009.
Par ailleurs, il est bon de souligner que les choix politiques de la
Tunisie consistent à allouer près de 80% du budget de l’état à l’éducation,
à la santé, à l’habitat, à l’alimentation, à la sécurité sociale, à la formation professionnelle, à l’emploi et à l’animation culturelle.

Par conséquent, grâce à cette politique du Président Ben Ali, elle
teste un pays où 80% de la population fait partie de la classe moyenne,
99% des enfants sont scolarisés, le taux de pauvreté est réduit à 3.8%, les
augmentations salariales sont garanties, et où la croissance économique est
maintenue à un taux moyen de 5 %, mais elle sera réduite à 4.5% cette année.

Certains analystes soulignent que la crise financière n’a eu que peu
d’effets sur la vie des Tunisiens jusqu’à présent. En se transformant en
une crise économique qui a touché l’Europe, le rythme de croissance de
l’économie tunisienne risquerait de se ralentir encore plus puisque 80%
de nos échanges économiques se font avec ce continent. D’autre part, les
investissements directs étrangers et surtout européens risqueraient de
diminuer et beaucoup d’investissements risqueraient d’annuler ou de reporter leurs projets car il est évident que la Tunisie ne sera pas épargnée par une
crise aussi dévastatrice.

La baisse du pouvoir d’achat des Européens pourrait aussi toucher les
exportations Tunisiennes et le secteur touristique.
La politique économique du pays qualifiée de prudente, et en même
temps d’audacieuse rationalise l’intervention en décourageant la politique
de spéculation des banques et du profit financier immédiat au profit des
services Publics et des investissements pour la création d’entreprises , donc
d’emplois et de richesse réelles .

Mais elle doit faire d’avantage preuve de prudence et d’adaptabilité
pour consolider son tissu économique sur la base de la productivité, de
l’innovation technologique et du développement des ressources humaines.

L’économie Tunisienne est classée 1ere au Maghreb et en Afrique et 36° sur
un total de 134 économies développées et émergentes et autres dans le
monde. Elle est aussi classée 8eme pour la priorité accordée aux
technologies de l’information et de la communication.

En effet, nous pouvons dire que cette crise nous a été importée déjà .
Bien que la Tunisie comme d’autres pays émergents, avait depuis
longtemps enclencher un programme de redressement et de réformes quasi
général qui lui a permis de réaliser un taux de croissance de 6% par an
entre 2004-2006. Et voilà que la crise va briser cet élan avec un taux ent1·e
3 et 4%. Cette réduction limitera l’amélioration escomptée du revenu par
habitant.

Selon l’estimation de Ia banque mondiale, le nombre des pauvres en
Afrique va augmenter de 10% pour atteindre 550 millions de personnes.
L’impact de la crise sur la Tunisie se fera sentir par l’intermédiaire des deux canaux déjà signalées : le canal financier c’est-à-dire que l’Etat ne peut
plus recourir au marché financier international pour avoir des capitaux sous
forme d’emprunts ou sous forme d’investissements, et le canal économique qui consiste en une dépression du transfert des fonds d’immigrants, une
régression des exportations qui a déjà atteint le taux de 15% pou1· la
période 2008- Juin 2009 ainsi que la rétention du flux touristique qui a un
impact direct sur les entrées en devises.

Pour faire face aux aspects différents de cette crise, la Tunisie, depuis août
2007, mesurant l’ampleur de cette crise, a mis en place des cellules de
veille d’abord au sein de la banque centrale, puis généralisées dans tous les
départements ministériels concernés, présidés par le premier ministre.
D’autres mesures ont été prises depuis décembre 2008 s’articulant autour de
deux axes ; le premier d’ordre conjoncturel a trait à l’accompagnement des
entreprises et des secteurs susceptibles d’être touchés, le second d’ordre
structurel, comprend un ensemble de mesures destinées à renforcer la
compétitivité de l’entreprise, à améliorer l’environnement des affaires et à
se préparer comme il se doit à l’après crise :
- Sa décision concernant certains travaux de I’Etat, préalablement, prévus
pour la période 2010 — 2012, d’avancer leur réalisation à partir de 2009 afin
d’injecter dans le pays des crédits d’investissement capables de résorber
une partie du chômage due à la fermeture d’un certain nombre d’entreprises
qui n’ont pas pu résister à la crise.
- La mise en œuvre de programmes spécifiques aux régions et des lignes
de crédit, en vue de promouvoir l’emploi direct, l’exportation, la fluidité
des capitaux et la restructuration des institutions financières.
A ce sujet, nous soulignons l’initiative du Président de la République de
créer un centre de recherche financier et monétaire qui est appelé à
procéder au suivi des développements internationaux, à la réalisation
d’études et de recherches prospectives, à l’analyse de l’impact des
tendances actuelles et à venir. D’autres mesures fiscales et sociales ont été prises pour préserver le maximum de postes d’emploi et éventuellement
indemniser les licenciements dus à cette crise

Jusqu’à nos jours près de 250 entreprises estiment être en difficulté et se
portent candidates au programme de soutien décidé pour la cause .
La stratégie initiée par son excellence le Président de la République se base
sur un travail réaliste et rationnel, conjugué au respect des principes qui ont
toujours caractérisé le processus de croissance de notre pays, notamment la
nécessité de coordination et de concertation entre les différentes parties
ainsi que la conciliation entre court et moyen termes, et entre la dimension
économique et la dimension sociale et surtout mettre le service bancaire
financier au service de la croissance et de l’activité économique.

Par ailleurs, la Tunisie a toujours cru et œuvré pour une intégration
régionale qui plus elle est renforcée, plus les retombées de cette crise se
trouvent atténuées. Il est, à cet égard, important de souligner que les
premières démarches des pays touchés par la crise ont été initiées dans le
cadre de regroupements régionaux tels que l’Union Européenne, PASEAN,
le Mercosur... etc.. Il est tout aussi significatif de signaler qu‘avec
l’intégration continue de l’Europe seulement 44% du commerce extérieur
de la zone euro se fait en dehors de cette zone.

En ce qui nous concerne et
à titre d’exemple, le coût du non Maghreb, est estimé à près de 2% de
croissance à nos pays équivalent pratiquement à la réduction des niveaux
de croissance dans cet espace sous l‘effet de la crise mondiale.
Il apparaît donc certain que le remède principal à cette crise passe
nécessairement par une intégration régionale et internationale concertée,
solidaire et morale pour le bien respectif de nos. pays et le salut de
l’humanité toute entière.

Je vous remercie

VOIR AUSSI

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts.     En savoir plus...Fermer