Instances

Intervention de Mme Andrée Champagne, Sénatrice, Vice-Présidente de l’APF, Présidente de la section canadienne de l’APF

En tant que Présidente de la section canadienne de l’Assemblée
parlementaire de la Francophonie, j’ai le plaisir d’être avec vous, à Paris, dans le
cadre de cette XXXVe Session annuelle de l’ Assemblée parlementaire de la
Francophonie.

Je suis honorée d’intervenir brièvement sur le thème fort important
de notre débat général : « La crise financière, la lutte contre la pauvreté et le
développement ».
Nous traversons la pire crise économique depuis la « grande crise » de
1929. Fermetures d’usines, faillites d’entreprises et hausse du chômage, sont le lot
de tous les pays industrialisés. Bien que le Canada n’échappe pas à ces temps
difficiles, ses institutions financières demeurent robustes et conservent la confiance
des épargnants, ainsi que celle des organisations internationales.

Une telle crise financière d’0rdre planétaire affecte certes les citoyens
de tous les pays, mais risque aussi d’avoir des conséquences tragiques pour les
moins bien nantis qui dépendent de l’aide internationale. Déjà, dans les mois qui ont précédé les premiers soubresauts de la crise financière, nombre de pays
souffraient., en raison de divers facteurs, de la hausse importante du prix des
denrées et de l’énergie. Qu’en est-il maintenant que nous sommes tous engouffrés
dans une crise mondiale qui, selon le Rapport de suivi 2009 de la Banque mondiale
et du Fonds monétaire international (FMI), « est devenue une crise humaine et de
développement » ?

Au Forum économique international des Amériques qui s’est tenu à
Montréal au début du mois de juin, le Président fondateur, Mc Gil Rémillard,
mentionnait d’entrée de jeu que « Cette crise économique nous amènera
d’importants changements dans les relations internationales, que ce soit aux
niveaux économique, politique, social ou autre. Nous vivons, en fait, la mise en
place d’un nouvel ordre mondial. » On a pu observer lors de ce forum réunissant
l’élite économique mondiale une certaine inquiétude face à la crise et aux années
qui viennent. Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI),
Dominique Strauss-Kahn, a estimé que les efforts consentis par les États devraient
amener une certaine reprise à l’aube de 2010. Par contre, le président de la Banque
mondiale, Robert Zoellick. a rappelé que les principales victimes de cette crise
n’allaient pas être les pays développés, mais les pays en développement, réclamant
aux premiers une aide financière supplémentaire.

Or, dans les jours qui ont suivi le Forum économique de Montréal, la
FAO annonçait que le cap du milliard de personnes sous·alimentées dans le
monde, soit un sixième de l’humanité, serait franchi en 2009, non pas en raison de
mauvaises récoltes mondiales, mais en raison de la baisse des revenus et des pertes
d’emplois causées par la crise économique. La plupart de ces personnes vivent
dans les régions Asie-Pacifique et en Afrique subsaharienne, dont bon nombre
dans des pays de la Francophonie.

On se rappellera peut-être qu’en 1996, lors du Sommet mondial de
l’alimentation (SMA), tenu à Rome, les Chefs d’État et de gouvernement ont adopté
la Déclaration de Rome sur la sécurité alimentaire mondiale et le Plan d’action du
SMA, qui visait à réduire de moitié le nombre des personnes sous-alimentées d’ ici
2015. ll faudrait donc que, tous ensemble, nous puissions ramener le nombre de
personnes souffrant de la faim à 420 millions d‘ici 2015, une tâche titanesque
nécessitant de s‘attaque1· de manière efficace et de toute urgence aux causes
profondes de la faim.
Les effets possibles de la crise économique sur la pauvreté et le
développement sont nombreuses si on en croit le FMI et la Banque mondiale :
- réduction de 32 p. 100 en 2009 des investissements étrangers à destination des pays en développement ;
- chute de 5 à 8 p. 100 du montant des envois de fonds des
travailleurs émigrés ;
- baisse appréhendée de 25 p. 100 de l’aide publique au
développement à destination des 71 pays les plus pauvres ; - augmentation des coûts
d’emprunt à l’étranger ;
- baisse du volume des échanges commerciaux ; etc.

La commnmauté internationale, bien qu’elle soit aux prises avec une
récession sévère, ne peut oublier ses engagements envers le milliard de personnes
qui souffrent de la faim. Pour nombre d’observateurs et de spécialistes, une
assistance immédiate et concertée est nécessaire pour éviter une aggravation de
leur situation.

Au problème de la faim s’ajoute celui du VIH/SIDA qui affecte tant
de personnes, notamment sur le continent africain. Malgré les progrès accomplis
en matière de lutte contre le VIH/SIDA, notamment grâce à la trithérapie, le risque
de voir la crise actuelle annihiler des années d’efforts demeure réel. Notre Réseau
parlementaire de lutte contre le VIH/SIDA accomplit un travail remarquable, qu’il nous faut continuer de soutenir. Il faut exhorter les pays développés à respecter
leur engagement récent de tripler d’ici 2010 le financement (5 milliards de dollars
supplémentaires) pour juguler la pandémie.

La résolution d’une crise mondiale commande une solution mondiale.
Il appartient désormais à la communauté internationale de surmonter la crise
financière mondiale tout en empêchant, comme le suggérait la Banque mondiale, la
crise humaine et du développement de s’aggraver dans les pays pauvres.

Réjouissons-nous du fait que les dirigeants réunis à Londres le 2 avril 2009, à
l’occasion du Sommet du G-20, aient réaffirmé leur "engagement historique à
réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement".

Au Canada, la ministre de la Coopération internationale. l’Honorable
Beverley J. Oda, a réitéré en mai dernier l’importance de faire en sorte que le
marasme économique non seulement empêche les pauvres de sortir de la misère,
mais ne fasse pas sombrer 53 millions de personnes de plus dans la pauvreté. Le
Gouvernement du Canada a annoncé récemment qu’il allait cibler davantage son
aide internationale en fonction de trois thèmes prioritaires qui orienteront le travail
de l’ACDI, soit accroître la sécurité alimentaire, favoriser une croissance
économique durable et assurer l’avenir des enfants et des jeunes.

Concrètement, notre pays est en voie de doubler son aide
internationale et de respecter son engagement envers le G8 de doubler l’aide à
l’Afrique. En 2008, le gouvernement canadien a annoncé le versement de 450
millions de dollars supplémentaires sur trois ans au Fonds mondial, ce qui porte à
978,4 millions de dollars les ressources totales affectées par le Canada au
traitement et à la prévention du VIH/sida, de la tuberculose et du paludisme.

Plus particulièrement, le Canada finance nombre de projets à Haïti
dans leur lutte contre le VIH-SIDA ; il a aussi contribue à accroître de 454 p. 100
depuis 2005 le nombre de traitements antirétroviraux au Mozambique.
Globalement, grâce à son appui aux initiatives de l’0MS, ce sont 3 millions de
personnes qui ont bénéficié d’un tel traitement et 25 millions qui ont participé aux
essais cliniques de vaccins anti-VIH.
En outre, le Programme de la Francophonie de l’ACD1 a versé plus de
9 millions de dollars MIX organisations de la Francophonie pour appuyer leurs
programmes de coopération internationale. Le Programme canadien des bourses
de la Francophonie a permis à des ressortissants de 37 pays en développement
membres de la Francophonie de poursuivre des études spécialisées dans des
collèges et universités canadiennes.

Nos efforts, tant au Canada que partout dans le monde, demeurent
sans doute insuffisants. C’est pourquoi il nous faut continuer à lutter contre le
protectionnisme, à respecter nos engagements vis·à-vis l’aide au développement et
à combattre les maladies et la faim. Enjoignons nos gouvernements nationaux à
respecter les engagements pris au fil des ans. Faisons en sorte que les pays
membres de la Francophonie continue à se développer, à progresser sur tous les
fronts aün d’assurer le mieux-être de leurs populations.

Je vous remercie de votre
attention.

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