Nous connaitre

Intervention de M. Pascal Terrasse, Secrétaire général parlementaire de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, devant la Conférence ministérielle de la Francophonie, le vendredi 8 novembre 2013 à Paris.

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général de la Francophonie,
Mesdames et Messieurs les Ministres et chefs de délégation,
Monsieur l’Administrateur,
Mesdames et Messieurs,

C’est la première fois que j’ai l’honneur de m’adresser devant vous en tant que Secrétaire général parlementaire de l’APF, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. J’ai abandonné la présidence d’un département français ayant un budget de 450 millions d’euros et 2 000 fonctionnaires pour me retrouver à la tête d’une institution plus petite par sa taille mais très volontaire, influente et efficace.

Ces derniers mois m’ont permis à travers mes nombreuses rencontres, de me familiariser avec l’organigramme de la Francophonie et de prendre conscience de la singularité du statut de l’APF.

L’APF a en effet un statut unique, celui d’Assemblée consultative de la Francophonie, une dénomination inscrite à l’article 2 de la Charte de la Francophonie. C’est à ce titre que l’APF est habilitée à transmettre des recommandations officielles aux instances de la Francophonie, et elle le fait notamment par le biais de l’avis qu’elle présente aux Chefs d’Etats et de gouvernement à l’occasion des Sommets de la Francophonie. La remise de cet avis est importante et maintenant que vous nous avez donné les informations nécessaires, toutes nos instances, commissions et réseaux, et en particulier celui des femmes parlementaires, vont travailler à l’avis qui sera remis à Dakar.

Mais l’apport de l’APF à la Francophonie ne se limite pas uniquement à des avis ou des résolutions. J’ai la volonté et l’ambition que l’APF puisse apporter une contribution active et concrète aux difficultés présentes rencontrées par les pays francophones. Voilà pourquoi, avec l’accord de la Présidente, la sénatrice canadienne Andrée Champagne, je présenterai au prochain Bureau de l’APF un pacte stratégique et méthodologique organisées autour de trois axes.

Le premier axe sera le développement de la diplomatie parlementaire. Il m’apparaît en effet que les parlementaires ont un rôle naturel à jouer tant dans la prévention que la résolution des crises politiques et institutionnelles qui traversent l’espace francophone. C’est aujourd’hui un constat bien banal : dans nos sociétés surinformées et globalisées, les Etats et les gouvernements n’ont plus le monopole des relations internationales. Il faut aujourd’hui compter avec les nouveaux acteurs que sont les grandes entreprises, les ONG, les multimedia, la société civile… mais aussi les Parlements.

Les Parlements ont pour eux la souveraineté populaire acquise par le suffrage des peuples. Cette légitimité renforce l’autorité de leurs interventions et incarne concrètement ce qu’il importe d’encourager : sans parlement, pas de démocratie. Par ailleurs, si la diplomatie est cet art si délicat de trouver un arrangement entre intérêts contraires ou antagonistes, et d’éviter les affrontements, je suis persuadé que la fréquentation des hémicycles (où l’on retrouve d’anciens ministres et les futurs responsables politiques de demain) peut se révéler très précieuse pour aider à l’élaboration de compromis réalistes et viables. La « prévention démocratique » se joue au cœur des parlements.

Le Président Abdou Diouf le sait mieux que nous tous, qui comme à son habitude sait utiliser au mieux les talents de chacun. En juillet dernier, il a confié la présidence d’une mission d’information et de contact en Egypte au Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Guillaume Soro, par ailleurs vice-président de l’APF. Et je le remercie également d’avoir étroitement associé notre Réseau des femmes parlementaires de l’APF au Réseau francophone pour l’égalité femmes-hommes dont il a pris l’initiative. L’APF, je veux vous le dire, est à votre disposition pour remplir toutes les missions qui pourraient être jugés utiles pour affronter nos résiliences.

Le deuxième axe stratégique que je défendrai est l’approfondissement des actions concertées avec l’OIF et un dialogue enrichi avec nos parlements membres. L’action que mène l’OIF sur un certain nombre de thèmes et de valeurs liés aux droits de l’Homme et aux droits de l’enfant, mais aussi l’accès à la santé et à la connaissance, à la lutte contre les injustices et les discriminations, au développement durable, devra nécessairement à un moment ou un autre, s’inscrire dans le droit normatif national, se concrétiser par des textes législatifs. Cet enrichissement législatif sera alors d’autant plus facile si de son côté, l’APF aura organisé des réflexions similaires auprès de l’ensemble des parlementaires. Parmi tous les sujets traités par la Francophonie, je souhaite attirer votre attention sur l’un d’eux qui me tient particulièrement à cœur et que l’on a tendance à oublier car s’inscrivant dans le moyen terme : celui du dérèglement climatique. La Francophonie doit mobiliser toute son influence pour faire adopter des solutions aptes à faire face à cette menace qui concerne directement la survie de l’espèce humaine. Nos égoïsmes d’aujourd’hui nourrissent les menaces de demain. Je souhaite notamment que nous oeuvrions tous en commun pour sensibiliser (après Kyoto, Doha, et Copenhague) nos pays en vue de la grande réunion de l’ONU sur les changements climatiques prévue à Paris en 2015.

Enfin, troisième axe stratégique que je souhaiterai porter, le développement d’une coopération interparlementaire francophone. L’augmentation des besoins en coopération interparlementaire profite peu à la Francophonie. A titre d’exemple, le PNUD, qui est le principal acteur de la coopération interparlementaire dans le monde, mentionne, lorsqu’il recrute des collaborateurs pour gérer ses programmes, la pratique obligatoire de l’anglais ; il est très rarement indiqué que la connaissance du français serait un atout pour exercer ces fonctions, alors même que 60 % des parlements concernés sont francophones.

Or, il n’existe pas meilleur expert du fonctionnement des parlements francophones que les parlementaires francophones eux-mêmes. Et les parlementaires qui composent l’APF sont prêts à consacrer une partie de leur temps pour partager leur savoir et leur expérience avec des collègues francophones. C’est un devoir de solidarité dont ils sont parfaitement conscients ! Nous essayons d’être très actifs pour la remise en marche des parlements dans les pays en sortie de crise. La Côte d’Ivoire pourrait témoigner de tout ce que nous avons pu faire ensemble grâce à notre initiative multilatérale de coopération interparlementaire. Cette expérience, nous sommes prêts à la renouveler pour d’autres parlements.

Je me réjouis et félicite le Mali pour son retour dans la grande famille francophone. Je crois pouvoir prédire qu’il devrait également prochainement revenir au sein de l’APF. C’est ce que j’espère également pour la Guinée et Madagascar. Au moment où je vous parle l’APF apporte toute sa fraternité au peuple syrien et centrafricain.

Je terminerai mon propos par une citation d’Albert Camus dont nous venons de fêter cette semaine le 100ième anniversaire de sa naissance. La voici : « L’absurde naît de la confrontation de l’appel humain avec le silence déraisonnable du monde ». A cet instant, je pense à deux ministres européennes qui subissent en raison de la couleur de leur peau des propos inqualifiables : Cécile Kyenge en Italie, Christiane Taubira en France.

La Francophonie existe pour briser le silence déraisonnable du monde !

Je vous remercie.

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