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«Il faut rendre la Francophonie économique plus visible et plus offensive»

Entretien avec Henriette Martinez (députée, France), présidente déléguée de la section française de l’APF

Votre rapport porte sur le thème : « Francophonie culturelle, Francophonie économique : antagonisme ou complémentarité ? ». Pourquoi avez-vous retenu cette problématique ?

Henriette Martinez : Pour deux raisons. En premier lieu, parce que j’ai pris conscience que la demande de français chez les jeunes dépend de plus en plus de la capacité de notre langue à leur être utile dans leur future vie professionnelle. Le français ne doit pas seulement se présenter comme une langue de culture mais aussi comme une langue de réussite. En second lieu, parce que je souhaitais comprendre ce qui pour moi constituait un paradoxe : comment le français, dont la diffusion sur les cinq continents a été intimement liée à une expansion et une aventure économiques, a pu se retrouver exclu de la sphère économique au profit exclusif de l’anglais.

(NB : Le rapport de Mme Martinez a été débattu par la CECAC (Commission de l’éducation, de la communication et des affaires culturelles). Sa version finale sera adoptée lors de la prochaine Session de l’APF en juillet 2012.)

Et quelle explication donnez-vous à ce paradoxe ?

H. M.  : Il faut bien faire la distinction entre la francophonie, avec un petit « f », l’aptitude à parler français, et la Francophonie avec un grand « F », la construction institutionnelle autour de notre langue. L’histoire de la Francophonie et de ses liens avec l’économie, que je retrace dans mon rapport, est complexe. La culture est apparue à l’origine comme le lien le plus évident, le plus affectif, et le moins sujet à polémique. L’Agence de coopération culturelle et technique, l’ancêtre de l’OIF, créée en 1970, rappelle plus une Unesco qu’un Commonwealth francophone. Par la suite, la principale préoccupation a été de donner une dimension politique à la Francophonie, avec l’institution d’un Secrétariat général décidé seulement en 1995. Le volet économique a été le parent pauvre de cette construction, en dépit de la création d’un Forum francophone des affaires en 1987.

Pourquoi est-ce aujourd’hui si important de développer une Francophonie économique ?

H. M. : D’une part, parce que personne aujourd’hui ne peut plus parler de culture sans parler d’économie : les échanges internationaux de biens culturels sont l’un des secteurs les plus dynamiques de l’économie mondiale. D’autre part, parce que la Francophonie a un message à défendre et à porter en matière d’organisation de la mondialisation et d’aide au développement.

La Francophonie n’est-elle déjà pas dépassée par la mondialisation ?

H. M. : Je ne le pense pas. Au contraire, la mondialisation peut ouvrir de nouvelles perspectives à la francophonie. Un seul exemple : on estime que 70 % des Chinois qui apprennent aujourd’hui le français le feraient pour développer des relations avec l’Afrique francophone. Et le contexte lié au développement du numérique est porteur, car de nature à remettre en cause –et cela a déjà commencé sur Internet- la toute-puissance de l’anglais. La technologie, notamment celle qui concerne les traductions simultanées, peut désormais servir la diversité et non plus l’uniformité.

Quelles sont vos solutions pour développer la Francophonie économique ?

H. M. : Elles vont dans trois directions : tout d’abord, afficher comme une priorité de notre action extérieure la volonté d’attirer et de former les futurs acteurs de l’économie mondiale. Cela veut dire concrètement proposer des filières d’excellence attractives et compétitives mais aussi prendre en
compte les conditions d’obtention de visas, la possibilité de travailler ou non pendant les études ou celle de vivre une première expérience professionnelle, bref améliorer les conditions d’accueil.

Ensuite, il s’agit de soutenir et développer le français comme langue de travail dans les grandes entreprises. La loi Toubon en France ou la Charte pour la langue française au Québec consacre le droit fondamental de travailler en français. Mais il faut aller plus loin en resserrant à l’étranger les liens entre les entreprises francophones, les instituts français et les alliances françaises afin de promouvoir les formations en langue française avec des cours adaptés aux situations rencontrées dans les situations de travail. Il importe également d’accorder une attention particulière à la certification de ces formations afin que les entreprises puissent contrôler et évaluer leur investissement et permettre aux salariés de devenir titulaires de diplômes reconnus internationalement.
Enfin, il faut rendre la Francophonie économique plus visible et plus offensive, notamment dans les grandes institutions financières ou d’expertise internationale. Le nombre de francophones devrait passer de 220 millions aujourd’hui à 715 millions en 2050 compte tenu de la croissance démographique de l’Afrique. C’est un enjeu qu’il convient de relever en termes de formation et d’influence.

Une dernière question plus personnelle. Vous avez choisi de ne pas vous représenter aux prochaines élections législatives qui se sont tenues en France en juin prochain, après les présidentielles. Comment envisagez-vous votre avenir ?

H. M. : De toutes mes fonctions liées à mon mandat parlementaire, celle de présidente déléguée de la section française de l’APF m’aura apporté les plus grandes satisfactions. Pour l’avenir, mes projets sont nombreux et variés. Ils me ramènent dans mon village natal où j’ai l’intention d’ouvrir chez moi une maison d’hôtes pour faire découvrir mon département des Hautes-Alpes. Mes amis francophones y seront les bienvenus !

Contact : martinez.henriette @ wanadoo.fr

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