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Entretien avec M. Bernard ACCOYER, Président de l'Assemblée nationale française, à l'occasion de la prochaine réunion de la XXXVeme session de l'APF

Vous avez invité l’APF à tenir sa Session annuelle à Paris : quelle est, pour vous et pour l’Assemblée nationale française, la signification de cette réunion ?

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Bernard ACCOYER, Président de l’Assemblée nationale (France)

Bernard ACCOYER : L’assemblée annuelle de l’APF est avant tout une réunion de famille, la grande famille des parlementaires francophones qui sont heureux de se retrouver et de partager, dans leur langue, des préoccupations communes.

Cela faisait quinze ans que Paris n’avait pas accueilli de session plénière de l’APF ; il faut remonter à 1994, et plus avant à 1989, pour retrouver les précédents d’un tel évènement.

C’est pourquoi j’ai estimé qu’il était temps, après Québec, Libreville, Rabat et tant d’autres villes avant elle, que la plus grande ville de langue française dans le monde accueille à nouveau la session annuelle de l’APF.

Paris, l’Assemblée nationale et le Sénat sont heureux et fiers de recevoir les élus de tous les horizons de la Francophonie et d’honorer à travers eux les citoyens qui les ont élus.

Quels seront, selon vous, les points forts de cette Session ?

Bernard ACCOYER : La session, au sens large, dure cinq jours, depuis la réunion du bureau jusqu’à la fin de l’assemblée plénière. Cela laisse augurer une succession de moments forts, qui ne seront pas forcément ceux que l’on attend !

Il est cependant déjà possible de prévoir que la séance inaugurale de l’Assemblée plénière, avec ses discours, que l’audition du Secrétaire général de la Francophonie, M. Abdou Diouf, ou que l’échange de vues sur la situation de la langue française, constitueront quelques-uns des moments forts de cette session.

Mais, et je ne crois pas trop me tromper, le débat général consacré à la crise financière et lutte contre la pauvreté devrait constituer, par l’actualité dramatique des évènements et des situations évoquées, un moment particulièrement intense de notre session.

Le Parlement francophone des jeunes se réunit à Paris pour sa Ve Session. Comment percevez-vous un tel programme visant à développer la formation civique et à renforcer la solidarité entre jeunes venant de tous les horizons en les initiant à l’activité parlementaire ?

Bernard ACCOYER : A l’instar ce qui existe à l’Assemblée nationale depuis maintenant quinze ans, de nombreux parlements des jeunes ont vu le jour ces dernières années dans plusieurs pays francophones et l’on ne peut que se réjouir d’un tel mouvement.

Qu’il soit national ou francophone, le principe d’un parlement des jeunes reste le même : permettre à des jeunes de s’initier aux pratiques démocratiques et à l’activité parlementaire, et leur inculquer le sens de la discussion, du compromis et de la décision collective.

La spécificité du PFJ, qui met en contact des jeunes issus de nombreux pays francophones, ajoute une dimension de solidarité multiculturelle à cet exercice de transmission du « témoin » intergénérationnelle.

Les thèmes de discussion qui leur sont soumis, la rédaction collective en commissions des textes issus des projets rédigés par les participants eux-mêmes, constituent un exercice d’apprentissage accéléré du métier de parlementaire qui ne peut qu’impressionner favorablement les jeunes participants et, c’est mon espoir ! leur inculquer l’amour de la démocratie.

La Francophonie est-elle une donnée importante pour les parlementaires français ?

Bernard ACCOYER : La Francophonie représente naturellement une donnée très importante pour les parlementaires français, et cela quelle que soit leur appartenance politique.

Cette importance se manifeste d’abord sur un plan numérique, puisque quatre vingt dix députés et soixante sénateurs, soit près d’un parlementaire sur six, sont membres de la section française de l’APF, qui est la plus importante représentation du Parlement français auprès d’une assemblée parlementaire internationale.

Président de droit de la section française de l’APF, j’en ai confié la présidence déléguée à ma collègue Henriette Martinez, députée des Hautes-Alpes, qui l’assume avec dynamisme et compétence. La section se réunit régulièrement et prend, par l’envoi de nombreuses missions, une part très active aux travaux de l’APF.

Plus largement, la francophonie est au cœur des préoccupations de l’ensemble des parlementaires qui ne cessent, par leurs questions, ou lors des auditions des ministres, ou enfin dans leurs rapports d’information, de s’interroger et d’interpeller le Gouvernement sur la diffusion et le développement de la langue française, sur les évènements qui se déroulent dans les autres pays de la Francophonie, sur l’aide publique au développement, …. en un mot sur la vie quotidienne de la Francophonie.

La réforme, en 2008, de notre Constitution a donné aux parlementaires français une occasion historique de démontrer toute l’importance qu’ils attachent à la francophonie en la faisant entrer dans la Constitution française.

Sous le titre XIV, désormais intitulé « De la Francophonie et des accords d’association », l’article 87 de notre Constitution dispose dorénavant que « La République participe à la construction d’un espace de solidarité ayant le français en partage, au service de la diversité culturelle et linguistique, de la paix, de la démocratie et du développement ».

L’attachement de notre pays - et de sa représentation nationale - à la Francophonie pouvait-il mieux s’exprimer ?

Quel doit être, selon vous, le rôle de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie ? Dans quel domaine doit-elle s’investir en priorité ? Quelle peut être sa spécificité par rapport à d’autres assemblées parlementaires internationales ?

Bernard ACCOYER : L’APF s’est vu confier un rôle d’assemblée consultative de la Francophonie. Entre autres objectifs, elle est chargée de « représenter auprès des instances exécutives francophones les intérêts et les aspirations des peuples de la Francophonie », « de promouvoir la démocratie, l’État de droit et les droits de la personne, plus particulièrement au sein de la communauté francophone » et « d’apporter une perspective politique aux instances de la Francophonie ». La poursuite de ces objectifs, voila un rôle à la mesure de l’APF !

Compte tenu des circonstances et du contexte de crise économique mondiale, il me paraît évident que l’APF doit en priorité accorder toute son attention aux problèmes des pays qui souffrent de la crise plus que d’autres. Elle doit non seulement rappeler aux Gouvernements des pays du Nord les engagements pris, dans le cadre des objectifs du millénaire pour le développement, de porter l’aide publique au développement à 0,70% de leur PIB à l’horizon 2015 mais elle doit également leur rappeler l’impérative urgence d’atténuer par tous les moyens à leur disposition les rigueurs de la crise actuelle.

L’APF est une des très rares assemblée interparlementaire réunie autour de la promotion d’une langue, des valeurs humanistes qu’elle véhicule et de la solidarité entre ses membres. L’articulation entre ces trois composantes doit rester la marque de la Francophonie et l’APF doit y prendre sa part.

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