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Entretien avec Liliana Lazar, lauréate 2010 du Prix des cinq continents

Que représente pour vous la Francophonie ? Le fait d’avoir
reçu le Prix des cinq continents pour votre roman « Terre des
affranchis
 » (éd. Gaïa) a-t-il une signification particulière ?


Liliana Lazar
 : La Francophonie est une famille adoptive qui m’accueille
avec ses valeurs et qui accepte de recevoir les miennes. Le Prix des
cinq continents est une belle récompense mais aussi une responsabilité,
même s’il ne peut influencer ma manière d’écrire.

Il n’est pas ordinaire qu’un écrivain rédige dans une autre
langue que sa langue maternelle. Qu’est-ce qui vous a amené à écrire
en français, et pourquoi avoir choisi d’écrire ce roman en français
plutôt qu’en roumain ? Aurait-il été le même écrit en roumain ?

L.L.  : Je ne suis pas la première à avoir choisi le français. Cioran,
Ionesco, Istrati et bien d’autres l’ont fait avant moi. Je pense et je rêve
en français même si mon imaginaire reste roumain. Ecrire dans une autre
langue que la mienne m’offre une liberté que ma langue maternelle, par
nature plus affective et plus pudique, ne m’autorisait pas forcément. Je
n’aurais pas pu écrire le même livre en roumain.

Pensez-vous qu’il existe une littérature francophone avec ses valeurs, ses spécificités, au delà
de l’utilisation d’une langue commune ?

L.L.  : Je ne ferais pas une distinction entre les valeurs portées par une littérature francophone et une
littérature écrite dans une autre langue. Toute langue est un outil, et l’écrivain qui choisit le français
s’adresse à des lecteurs attachés à certaines valeurs dont la liberté d’expression n’est qu’un exemple.

A la fin de votre roman vous faites un parallèle entre la vie de Victor Luca et l’histoire de votre
pays : dans quelle mesure l’histoire de V ictor Luca peut-elle être liée à celle de votre pays ?

L.L. : Je crois que la plupart des gens s’accommodent assez facilement avec un système en place, quel qu’il
soit. Mais retrouver la liberté n’est pas suffisant, l’important est ce qu’on en fait. Les crimes de Victor Luca
sont amnistiés, mais il reste enchaîné à ses pulsions. La Roumanie changera en même temps que les Roumains.

Quels sont vos projets littéraires ? Peut-on attendre p our bientôt votre prochain roman ?

L.L. : Je travaille sur un nouveau roman mais je ne m’impose aucun calendrier. Je laisse le temps à mes
personnages d’évoluer, de mûrir. Si le cadre ressemblera à Slobozia, le thème central ne sera plus le
communisme mais un autre aspect peu glorieux de l’histoire de mon pays natal.

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