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Discours de M. Aubin Minaku, premier Vice-président de l’APF, président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo. 27 Novembre 2014. Dakar (Sénégal)

27 Novembre 2014. Dakar (Sénégal)

Conférence ministérielle de la Francophonie – Dakar, 27 Novembre 2014

Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Président de l’APF,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

« Sénégal, comme toi, comme tous nos héros,
Nous serons durs sans haine et des deux bras ouverts.
L’épée, nous la mettrons dans la paix du fourreau,
Car le travail sera notre arme et la parole.
Le Bantou est un frère, et l’Arabe et le Blanc »

Cette ode à la paix, à la fraternité et à la conciliation, beaucoup l’auront reconnu dans cette salle, est le quatrième couplet de l’hymne national du Sénégal. Composé par celui qui fut le principal artisan de la Francophonie, le Président Léopold Sedar Senghor, il est naturel qu’il en résume les idéaux. Mais je l’ai cité également pour exprimer combien nous nous sentons aujourd’hui ici, à Dakar, en complicité d’amitiés avec l’ensemble des Sénégalais, et nous remercions tout particulièrement le Président Macky Sall, à travers lui le peuple sénégalais, pour l’accueil chaleureux et fraternel.

Cela fait maintenant plus de dix ans que la Francophonie est incarnée par une voix et un visage : ceux du Président Abdou Diouf. Il en fut, pendant toute cette période, pour encore citer des vers du Président Senghor, « son rythme et son cœur (…), « sa bouche et sa trompette ». Le poète sénégalais Amadou Lamine Sall remarquait, à juste titre, en 2010 que Son Excellence M. Abdou Diouf avait acquis encore plus de rayonnement et de visibilité à la tête du Secrétariat général de la Francophonie. C’est une illustration, si besoin est, de la réussite éclatante de ses mandats successifs à la tête de la Francophonie.

La Francophonie n’a ni armées, ni divisions blindées, et pourtant son rôle sur la scène internationale n’a jamais été autant reconnu et respecté. Le mérite essentiel en revient à notre Secrétaire général et au choix qui fut le sien de toujours et partout privilégier ce qu’il a appelé le « compromis dynamique », grâce à la conciliation et au dialogue. Dialogue entre les cultures, dialogue entre les continents et les pays, dialogue entre acteurs nationaux. Et dialogue aussi avec l’ensemble des acteurs de la Francophonie, opérateurs, société civile, associations et assemblées parlementaires devant lesquelles vous avez, Monsieur le Secrétaire général, si souvent et inlassablement plaidé en faveur de la défense de la paix et des droits de l’homme.

L’action de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, au nom de laquelle je m’exprime aujourd’hui en ma qualité de Premier vice-Président, s’inscrit résolument dans l’actualité internationale. Et les crises politiques qui agitent aujourd’hui les pays francophones, et notamment ceux d’Afrique, donnent à la Francophonie parlementaire une dimension et une responsabilité nouvelles. Car le cœur de ces crises réside souvent, fondamentalement, dans des difficultés de représentation et d’expression de l’opinion.

Tous les observateurs en conviennent, au cours de ces dernières années, la société civile africaine s’est progressivement structurée et a l’ambition naturelle d’occuper davantage le champ politique. Je crois qu’il faut s’en féliciter et y voir une preuve de maturité démocratique.

Face à ces aspirations nouvelles, notamment celles exprimées par les jeunes, la gouvernance africaine a fait elle aussi des progrès conséquents. Nombre de pays ont développé et renforcé le rôle des institutions, et notamment celles de contrôle.

L’existence d’un Etat de droit est reconnue comme la plus sûre garantie non seulement de la démocratie, mais aussi de la stabilité politique et du développement. La Francophonie fut la première, à travers la déclaration de Bamako, à insister sur l’importance des liens entre ces trois notions : démocratie, stabilité politique et développement.

Au sein de cet Etat de droit, les parlements, vous en conviendrez avec moi, occupent une place particulière. Non seulement parce qu’ils sont issus de l’élection, qui donne seule à tout dirigeant la légitimité démocratique, mais aussi parce qu’ils sont le lieu naturel du partage du pouvoir entre les différents groupes, les différentes factions, les différentes sphères, pour la recherche du bien commun. L’existence d’un parlement représentatif, exerçant pleinement et efficacement ses pouvoirs de législateur et de contrôleur, est la meilleure garantie contre tous les errements économiques et politiques d’un Etat.

Pour ne prendre qu’un exemple, le développement du terrorisme auquel on assiste aujourd’hui, va souvent de pair, à tort ou à raison, notamment chez les jeunes, avec le ressenti d’un sentiment d’abandon. C’est l’absence de perspectives de tout changement bénéfique, le sentiment de ne pouvoir faire entendre sa voix qui précipite tant de jeunes vers la violence. Je n’en dirai pas davantage sur ce sujet si important de la jeunesse car c’est à notre Président, le sénateur canadien, M. Paul McIntyre, qu’il reviendra dimanche de présenter l’Avis de l’APF sur le thème du Sommet devant l’Assemblée des chefs d’Etat et de gouvernement. Je sais toutefois que beaucoup de recommandations formulées dans cet Avis ont pu, d’ores et déjà, être intégrées dans le projet de déclaration qui sera adopté à l’issue de nos travaux.

Dans plusieurs pays de l’espace francophone, les mouvements
Populaires révolutionnaires traduisent le plus souvent une crise de la représentation. Ils peuvent parfois, sous certaines conditions, être considérés comme légitimes mais ils s’accompagnent inéluctablement d’une ère d’incertitude et d’insécurité. La logique démocratique veut que les demandes politiques s’expriment d’abord par le bulletin de vote et les débats au sein des hémicycles et autres enceintes parlementaires, et non par la violence dans la rue. Mais encore faut-il que le fonctionnement des parlements canalise les aspirations des uns et des autres !

Voilà pourquoi le rôle de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, comme vigie de la démocratie et comme acteur de coopération interparlementaire, est particulièrement important.

En participant aux missions d’observations électorales, créées à l’initiative du Secrétaire général de la Francophonie, elle veille à l’expression sincère des suffrages populaires.

En organisant sans relâche des séminaires parlementaires sur, à titre d’exemple, le vote de la loi et le droit d’amendement, ou encore les moyens de l’opposition et les pouvoirs de contrôle, l’APF contribue au renforcement des capacités des Parlements et leur donne les moyens de jouer pleinement leur rôle d’expression de la volonté générale. Et qui d’autres mieux que des parlementaires peuvent expliquer le fonctionnement d’un parlement ?

L’APF est attentive à être particulièrement présente et disponible pour les parlements des pays en sortie de crise ou en consolidation démocratique. Voilà pourquoi nous avons consacré beaucoup d’efforts et de moyens cette année en faveur de Madagascar et du Mali qui ont été réintégrés en juillet dernier, lors de la session d’Ottawa, au sein de notre Assemblée. C’est l’expertise et l’assistance généreuse de nos 81 sections que nous mettons à la disposition de ces deux parlements. De la même façon, si le Burkina Faso souhaite travailler avec nous, je peux d’ores et déjà affirmer que nous répondrons positivement à ses demandes.

En organisant des débats démocratiques et en adoptant des résolutions sur des thèmes aussi diversifiés que le financement des partis politiques, l’éducation et la formation professionnelle des jeunes, le développement humain, les stratégies de développement durable, la lutte contre les changements climatiques, la liberté d’expression, l’accessibilité à la justice, la représentation des femmes en politique et dans les instances économiques -et je ne donne ici que les exemples les plus récents- l’APF permet la confrontation des expériences et facilite ainsi l’élaboration ou l’amélioration de politiques adaptées à chacun de ses membres.

Par son programme Noria, l’APF contribue également à l’amélioration des systèmes d’information au sein des parlements, facilitant ainsi une meilleure organisation et communication. L’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et le parlement de mon pays, la République démocratique du Congo, ont notamment bénéficié de ce programme au cours de ces deux dernières années.

A l’initiative de son Secrétaire général parlementaire, M. Pascal Terrasse, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie s’est dotée récemment d’un cadre stratégique pour les années 2014/2018 où elle affirme clairement ses priorités et les moyens à mettre en œuvre pour une recherche accrue d’efficacité de ses actions. Elle compte sur vous pour continuer à lui donner les moyens de continuer à remplir la mission que vous lui avez confiée et vous remercie pour votre soutien qui ne lui a jamais fait défaut, en toutes circonstances.

Monsieur le Secrétaire général de la Francophonie, dans les Mémoires que vous venez de publier, vous écrivez que Léopold Sedar Senghor était persuadé que la meilleure façon d’aider son successeur à passer le cap des premières années, et lui permettre d’imprimer sa marque, voire au besoin d’opérer des ruptures de style, était de lui laisser les coudées franches en s’éloignant un peu et en gardant le silence. Je crains que vous ne vous appliquiez à vous-même cette leçon dans les prochaines semaines. Voilà pourquoi je vous redis à tous et à vous-même le plaisir qui est le mien et celui de l’APF d’être présent à ce quinzième Sommet de la Francophonie pour pouvoir, quelques temps encore, profiter de vos sages avis et conseils, dont nous aurons toujours besoin.

Je vous remercie.

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