Instances

Allocution de M. Bernard Accoyer. Président de l’Assemblée nationale, en ouverture de la XXXVème session plénière

Monsieur le Secrétaire général de la Francophonie (M. Abdou DIOUF),

Monsieur le Président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (M. Guy NZOUBA NDAMA),

Monsieur le Secrétaire général de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (M. Jacques LEGENDRE),

Monsieur le Ministre, (M. Alain JOYANDET)

Mes chers Collègues,

Après le mot d’accueil que je vais avoir le plaisir de vous adresser, j’aurais l’honneur de vous lire un message de M. le Président de la République française, Nicolas Sarkozy, qui accorde la plus grande attention à la Francophonie.

Je suis particulièrement heureux de vous recevoir aujourd’hui dans l’enceinte du Palais Bourbon à l’occasion de la trente-cinquième session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. Ma joie est grande d’accueillir des amis, qui viennent parfois de loin, pour discuter de questions et projets qui nous sont communs. Je souhaite tout particulièrement souligner la présence dans cet hémicycle de nombreux Présidents d’Assemblée parlementaire qui nous font l’honneur d’être parmi nous aujourd’hui.

Mais notre plaisir est assombri par le drame qui vient de frapper deux pays, les Comores et la France, avec la catastrophe aérienne survenue dans la nuit de lundi à mardi dernier au large des Comores.
On dénombre hélas 150 morts, en grande majorité des Français et des Comoriens.

Je suis sûr de m’exprimer au nom de tous en disant notre très vive émotion et en assurant la délégation française et la délégation comorienne , qui a dû annuler sa venue, de notre compassion et de notre solidarité.

J’ai souhaité personnellement que nos travaux se déroulent dans cet hémicycle. D’une part, parce que ce lieu où siège presque sans interruption depuis 1798 l’Assemblée nationale est indissolublement liée aux débats et aux valeurs démocratiques qui sont au cœur de la Francophonie. D’autre part, pour rendre un hommage particulier, à vous tous qui témoignez que la Francophonie n’est pas une nostalgie, mais bel et bien une réalité vivante et diversifiée.

Cela faisait quinze années que notre Assemblée ne s’était pas réunie à Paris, un délai certes long mais qu’il serait erroné d’interpréter comme un signe d’indifférence. La Francophonie, qui depuis un an est inscrite dans la Constitution française, demeure plus que jamais une des priorités de la politique de la France. Plus que jamais en effet les valeurs qui sont les siennes, et au premier rang la défense de la diversité des cultures et du dialogue interculturel, sont appelées à jouer un rôle majeur dans un monde où l’intégration des économies va trop souvent de pair avec l’exacerbation des identités et des rivalités.

La Francophonie permet de dépasser le cadre national et les actions bilatérales traditionnelles, pour mettre en œuvre une dynamique qui accorde toute sa place à un travail en réseau fondé sur le partenariat entre une multitude d’acteurs diversifiés. A ce titre, nos parlements ont un rôle important à jouer pour favoriser, de manière souple et efficace, la constitution de liens multiples et étroits.

Milan Kundera, dans son dernier ouvrage, rappelle que « chaque peuple à la recherche de lui-même se demande où se trouve la marche intermédiaire entre son chez-soi et le monde, où se trouve, entre les contextes national et mondial » ce qu’il nomme le « contexte médian ». Et cet écrivain tchèque qui écrit désormais en français se plaît à souligner que le sens de l’existence d’un peuple dépend très souvent de la réponse qu’il fait à cette question. La chance de la France, la chance de la plupart des pays représentés sur ces bancs, c’est de pouvoir répondre immédiatement et simplement à cette interrogation. La Francophonie est évidement ce lieu de rencontre naturel intermédiaire entre le monde et nous. Elle nous offre de surcroît la richesse d’une identité qui n’est pas un repli sur soi mais une ouverture sur les autres.
Je suis toujours profondément ému par les témoignages du pouvoir de séduction de la langue française.

Il existe une longue tradition d’écrivains ayant choisi d’abandonner leur langue maternelle pour adopter le français : Beckett, Cioran, Ionesco pour n’en citer que quelques uns et plus près de nous Hector Bianciotti ou François Cheng. Et, chose extraordinaire à l’époque d’une mondialisation favorable à l’anglais, ce mouvement perdure et semble même s’amplifier comme en témoignent les derniers prix littéraires : le prix Goncourt attribué à l’Afghan Atiq Rahimi, et le prix Renaudot au Guinéen Tierno Monembo.

A la question pourquoi avez-vous choisi d’écrire « Syngué Sabour » en français, Atiq Rahimi répond : « Jusque là, j’avais écrit mes livres en persan, mais là je touchais un sujet tabou dans ma langue maternelle. Or je ne voulais pas présenter la femme afghane comme un objet caché, sans corps ni identité. Je souhaitais qu’elle apparaisse comme toutes les autres femmes, emplie de désirs, de plaisirs, de blessures. Le français m’a donné cette liberté ». Cet hommage à la langue française, cet hommage aux valeurs universelles qu’elle porte avec elle justifierait à lui seul notre engagement et nos efforts en faveur de la Francophonie. Je voulais vous rappeler ces mots pour que nous n’oubliions pas demain matin, dans notre débat sur la langue française, qu’il existe une réelle attente et un réel besoin de notre langue dans le monde entier, sous toutes les latitudes.

Cet après-midi, vous consacrerez vos travaux à un autre sujet, d’une actualité brûlante : « la crise financière, la lutte contre la pauvreté et le développement ». Cette crise comporte un aspect original par rapport aux précédentes : le système financier a été frappé en son cœur, alors qu’habituellement seule la périphérie était touchée. Cette crise est une épreuve commune qui exige des réponses coordonnées. Les deux problèmes majeurs sont à mes yeux l’extension de la pauvreté et la tentation de l’unilatéralisme et du repli. La pauvreté disloque les familles et pousse les hommes à l’exil. Et si le développement n’est pas commun, les pays dits occidentaux créeront les conditions propices à la violence dans les pays qui auront été oubliés. Là encore, la Francophonie a beaucoup à apporter par sa volonté de partenariat et son souci d’élaborer des solutions consensuelles que les uns et les autres sont susceptibles de s’approprier.

Notre destin est lié. Le monde, c’est une banalité de le dire, est devenu multipolaire, donc volatile et instable, sans puissance unique capable d’exercer sa suprématie comme au XXème siècle. La Francophonie est un élément majeur en faveur de la solidarité et de l’intégration, un élément de résistance contre les forces du chaos.
Pour conclure, je veux évoquer une tradition très présente dans la littérature française de faire parler l’étranger pour asséner de manière détournée des vérités bien senties : c’est Montesquieu et ses Persans, Voltaire et son Huron. Cette tradition, je voudrais que vous la perceviez comme une invitation, voire une incitation à la liberté, à la franchise et à l’imagination dans vos travaux.

Mais je suis sûr au demeurant que vous n’avez nullement besoin de ces encouragements.

Mais avant de donner la parole au premier orateur inscrit dans cette séance solennelle d’ouverture, je vais maintenant donner connaissance d’un message de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République française.

VOIR AUSSI

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des contenus et services adaptés à vos centres d'intérêts.     En savoir plus...Fermer