Instances

12 juillet 2013. Intervention de M. Pascal Terrasse, après son élection de Secrétaire général parlementaire de l’APF

Monsieur le Président de l’APF,
Monsieur le Président de l’assemblée de Côte d’Ivoire,
Messieurs les Présidents d’Assemblée,
Madame la vice-présidente,
A vous tous, mes chers collègues, en vos grades et qualités,

Du fond du cœur, un grand merci ! Merci pour cette élection, merci pour l’honneur qu’elle me confère, merci pour la confiance dont elle témoigne, merci pour la charge qu’elle me confie.

Je serai donc, puisque vous l’avez ainsi décidé, au côté de la présidente et du premier vice-président que vous allez maintenant élire, le cinquième secrétaire général parlementaire de notre assemblée.

Je veux tout d’abord rendre un hommage respectueux à mes quatre prédécesseurs. A celui bien évidemment auquel je succède aujourd’hui, notre cher Jacques Legendre, qui a magistralement occupé cette fonction pendant vingt ans. Vingt années au cours desquelles le rôle de notre Assemblée s’est progressivement affirmée et renforcée au sein de la Francophonie institutionnelle. Et nous savons tous ici la part importante qu’il y a prise.

Je voudrai évoquer également les trois autres Secrétaires généraux parlementaires qu’a connu notre Assemblée : MM. Xavier Deniau et André Delehedde, dont je salue la mémoire, et M. Franck Borotra, qui jouit aujourd’hui d’une retraite bien méritée.
Toutes ces personnalités, au-delà de leur tempérament, au-delà de leurs engagements partisans ont été animées par un même esprit : la passion de la Francophonie et des valeurs qui la fondent. Cette passion, je puis vous l’assurer, elle est profondément ancrée en moi : elle sera le fondement et le moteur de toute mon action. J’en prends devant vous l’engagement solennel.

« La grandeur d’une idée, a dit le président Abdou Diouf, se mesure tout autant dans sa capacité à ouvrir une brèche dans la pensée du moment, qu’à anticiper les mouvements futurs ». On a oublié aujourd’hui l’audace qu’il a fallu aux pères fondateurs de la Francophonie –Léopold Sédar Senghor, Habib Bourguiba, Hamani Diori, Norodom Sihanouk- pour défendre un projet qui apparaissait à certains comme une atteinte à la souveraineté des Etats, ou une entrave pour le développement des langues et des cultures nationales. On a également oublié combien d’obstacles il a fallu surmonter pour mener à bien le projet d’une Francophonie politique, dont les principales instances sont relativement récentes, 1986 pour les sommets de chef d’Etat et de gouvernement, 1997 pour la fonction de Secrétaire général de la Francophonie.

Cette audace de nos illustres prédécesseurs, qu’en avons-nous fait ?
Les combats qui sont les nôtres sont loin d‘être gagnés. La défense de la langue française et du multilinguisme se heurte toujours à l’ambition utilitariste d’une langue unique. La défense de la diversité culturelle est perçue par certains comme dépassée, réactionnaire et contraire à l’uniformisation rationnelle voulue par les marchés. La défense de la bonne gouvernance doit faire face à l’affaiblissement de certains Etats et la prolifération des guérillas, de terrorismes et trafics en tout genre.
La mondialisation du XXIème siècle n’est pas synonyme de paix, de prospérité et de liberté. Nous vivons au contraire dans un monde interdépendant où les tensions et les déséquilibres se répondent et se renforcent.

Alors, dans ce contexte, quel peut bien être le rôle de l’APF ? Comment en faire un acteur davantage reconnu des relations internationales, davantage sollicité, davantage écouté ?

L’APF, je l’ai fortement ressenti depuis que je participe à vos réunions, c’est le lieu des échanges et du dialogue. Et elle remplit ainsi parfaitement sa mission d’assemblée consultative de la Francophonie, qui lui est reconnue par la Charte depuis 1997. Ce qu’elle délivre est un message humaniste : l’identité de l’autre appartient à notre humanité commune. Ce qu’elle défend, ce n’est pas un corset de normes qu’il faudrait obliger chacun à revêtir, mais un dialogue permanent entre les valeurs universelles et les protections individuelles. Ce qu’elle reconnaît et promeut, ce n’est pas la loi du plus fort mais la dignité de chacun et le respect qui lui est dû.
Mes chers collègues, nous venons des cinq continents, et pourtant ce qui nous rassemble, et que je viens d’évoquer, est plus important que ce qui nous différencie. En tant que parlementaires, vous incarnez le cœur battant de la démocratie. Une démocratie dont l’APF est à la fois la vigie et le facilitateur.

L’article 11 de notre Règlement confie au Secrétaire général parlementaire le soin de prendre toute initiative conforme aux orientations et aux principes déterminés par l’Assemblée. C’est ce à quoi je vais m’atteler dès aujourd’hui.

Notre assemblée doit vivre avec son temps. Elle ne peut rester spectateur des crises qui secouent le monde. Bien sûr, nous devons faire entendre notre voix et défendre les choix qui sont les nôtres, être un espace de vigilance qui permet à chacun de ne pas oublier les principes qui nous unissent. Mais nous devons aussi défendre nos idées sur le terrain et aider à leur mise en œuvre. Aider davantage aux fonctionnements des parlements pour rendre les démocraties plus fortes. Etre davantage attentif aux devenirs de nos résolutions. Renforcer les partenariats avec les autres opérateurs de la Francophonie et les autres organisations multilatérales pour multiplier notre efficacité et développer les synergies. Contribuer à accroître la visibilité de l’APF. Faire de l’APF un instrument encore plus efficace de la coopération interparlementaire. Voilà l’esquisse d’un projet que je voudrai développer avec vous.

Je souhaite que tous ensemble nous réfléchissions sur les moyens à mettre en œuvre pour atteindre ces objectifs. Je vais dans les six mois qui viennent, en accord avec la présidente et le vice-président, réfléchir avec vous sur les initiatives à prendre. Je suis à votre écoute et ouvert à tous ce que vous pourrez me dire. Je soumettrai ensuite des propositions au prochain Bureau de Rabat et nous déciderons ensemble de ce qu’il convient de faire.

Je sais pouvoir compter, pour m’aider à vous servir, sur le dynamisme et le dévouement de l’équipe du secrétariat général, dont divers membres sont mis à disposition par vos assemblées. Je profite de cette occasion pour remercier chaleureusement tous les parlements qui apportent leur aide au fonctionnement du Secrétariat général. Je salue Jean-Luc Lala dont nous avons tous pu apprécier les qualités humaines et lui souhaite bonne chances dans ses nouvelles fonctions au sein de l’Assemblée nationale française. Je fais confiance à Didier Le Bot, que le Bureau vient de nommer comme secrétaire général administratif, pour m’assister efficacement dans mes nouvelles fonctions.

Je remercie également le Président de l’Assemblée nationale française, mon ami Claude Bartolone, qui à ma demande a mis à disposition de l’APF comme conseiller, un haut fonctionnaire parlementaire : Mme Florence Ribard.

Enfin, je voudrai également remercier la section ivoirienne, et particulièrement son président, M. Guillaume Soro, pour la qualité exceptionnelle de leur accueil. Il ne pouvait pas avoir plus beau geste pour fêter le retour de la Côte d’Ivoire au sein de l’APF que d’organiser aussi vite une session plénière. Merci à toi, cher Guillaume Soro, et à la section ivoirienne, d’avoir pris cette initiative.

Mes chers collègues, je terminerai par une citation du premier secrétaire général de la Francophonie, Boutros Boutros-Ghali qui résume à mes yeux parfaitement les enjeux qui sont les nôtres : « Les problèmes nouveaux vont nécessiter des règles nouvelles. La question est de savoir si ces règles seront édictées par deux ou trois technocrates au service d’une ou deux superpuissances, ou élaborées de manière démocratique par le levier de la diversité culturelle dans le but d’éviter un néocolonialisme à l’échelle planétaire ». Face à cette alternative, l’APF défendra toujours la démocratisation de la mondialisation.

Je vous remercie.

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